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Tome vingt-deuxième.
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MUS

organisées qui .plongées en conséquencestansune insensibilité maladive , sont malheureu-sement dans le cas d’exiger ces preuves,ailes n’en seroient, à coup sur , nullementconvaincues. Que peuvent , en effet , lesraisons les plus justes, où le sentiment nefa t aucune impression ? Qu’on transpor-te l'homme le plus incrédule , par consé-quent le moins connoiffeur , mais possé-dant une dose ordinaire de sensibilité, dansces palais enchantés, dans ces académiesde mufique , où l’on voit Fart se disputer& se montrer supérieur à la nature ; qu’ily écoute les déclamations harmonieuses decette actrice inimitable , soutenue parl’accompagncment exact & proportionnéde ces instrumens íì parfaits , pourra-t-il s’empêcher de partager les sentimens, lespaillons, les situations exprimées arec tantd’ame & de vérité & pour me servir desparoles énergiques d’un écrivain du íieclepassé , son ame dépourvue de toute idéeétrangère , perdant tout autre sentiment,11e volera-t-elle pas toute entiere fur sesoreilles ? son ame seule ne sera pas émue ,son corps recevra des impressions aussi vi-ves , un frémissement machinal involon-taire s’emparera de lui , ses cheveux fedresseront doucement fur fa tête , & iléprouvera malgré lui une secrette horreur ,une espece de resserrement dans la peau ;pourra-1-il ne pas croire, quand il sentirasi vivement ?

Parcourons les histoires anciennes &modernes, ouvrons les fastes de la méde-cine , nous verrons par tout les effets sur-prenans opérés par la mufique. L’antiqui-té la plus reculée nous offre des faitsprodigieux ; mais ils font ou déguisés ougrossis par les fables que les poètes y ontmêlées , ou enveloppés dans les mystèresobscurs de la magie, fous les apparencesde laquelle les anciens charlatans ca-draient les véritables effets de la musique ,pour séduire plus sûrement les peuples,*n donnant un air de mystère & de di-vin aux faits les pins naturels, produitsdes causes ordinaires : expédient qui asouvent été renouvelé , presque toujoursaccrédité par Pignorance , & démasqué parles philosophes ; mais jamais épuisé w IIm y a. lieu de présumer, dit fqrt judicieu-

M U S 6iz

» sement le savant médecin Boerhaave ,n que tous les prodiges qui font racontés« des enchantemens, & des vers dans la» guérison des maladies , doivent être» rapportés à la mufique , ( lib. impet . fa~„ ciens , pag. Z62,. 422. ) partie dans Ia-

„ quelle excelloient les anciens médecins.Pyndare nous apprend qu’EÍ’culape , cehéros fameux pour la guérison de toutessortes de maladies , yqauyratroì^/rni ctÁir,Tq/>ii•»Vov en traitoit quelques - unes par desckanjens molles , agréables , voluptueu-ses , 011 suivant quelques interprétés, parde doux enchantemens, ce qui dans lecas présent reviendroit au même :

Tasi» ( >8 <rx’s ) fíny«iìx~f ,

Kiratilm; n m.

Pynd. Python. Ode. III.

II est plus que vraisemblable qu’Escula-pe avoir appris la musique , ou d'Apol-lon son pere, ou du centaure Chiron sonprécepteur, tous les deux aussi célébrésdans la mufique que dans Part de guérir.Le pouvoir de la mufique fur les corps lesplus insensibles, nous est très-bien dépeintdans Phistoire d’Orpbée, «hantée par tousles poètes, qui par le son mélodieux de savoix a t ri roi t les arbres, les rochers; bâ-tìssoit des villes; pénétrait jusqu’aux en-fers , fléchissoit les juges rigoureux de ceséjour; suspendoit les tOurmens des malheu-reux ; franchissent les barrières de lamort, & transgressent les arrêts irrévoca-bles des destins : ces fables, ces allégories ,fruits de Pimaginatîon vive des poètes, fontles couleurs dont ils ont voulu peindre lavérité & nous la transmettre ; les interprè-tes y reconnoissoient tous !a force de lamusique , & dom Calmet ne voir dans cettedescente d’Orphée aux enfers pour en re-tirer fa chere Eurydice, &c. que la guéri-son de la blessure qu’un serpent lui avoitsait, accident comme on le verra plus bas ,où la musique est extrêmement efficace. Quel-ques philosophes n’ont pas laissé d’adoptertout le fabuleux de cette histoire , & deprendre l’allégorie pour la réalité ; ils n’ontpas cru la mufique incapable de produire desmerveilles aussi grandes, & Fabius Pauli-nus prétend qu’Orphée a pu les opérer parsept moyens principaux. Mais en nouséloignant de ces temps obscurs & fabuleux,