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quer. II peut arriver aussi que celui quiraconte ne soit pas' instruit de tout, ouqu’il ne veuille pas tout dire ; mais ce qu’ilignore ou veut dissimuler, ne le dispensepas d’étre clair dans ce qu’il expose. L’obí-curité même qu’il laisse ne doit être quepour les personnages qui font en scene.Les circonstances des faits , leurs causes,leurs moyens, le spectateur , ou le lecteurveut tout savoir ; & íì Facteur est diípensede tout éclaircir , le poète ne l est pas. IIest vrai qu’il a droit de jeter un voile furl’avenir ; mais s’il est habile , il prend foinque ce voile soit transparent, & qu’il laisseentrevoir ce qui doit arriver, dans un loin-tain confus & vague, comme on découvreies objets éloignés > la foibîe lumière desétoiles :
Subluprique aliquìd dant cernere noclis ìnumbrâ.
C’est un nouvel attrait pour le lecteur , unnouveau charme qui se mêle à l’intérêt quil’attache & l’attire.
Ma u d aliter , longinqua petit qui forte viator
jMatnia, fi pofitas altis in collibus arces ,
JSfunc etiam dubias , oculis videt , incipitultro
Icetior ire viam, placìdumque urgere laborem.
Vida.
r A l’égard du présent & d u passé , tout doitêtre aux yeux du lecteur sans nuage &c fanséquivoque.
Les éclaircissemens son t faciles dans l’épo-pée, où le poète cede & reprend la parolequand bon lui semble. Dans le dramati-que il faut un peu plus d’art pour mettrel’auditeurdansla confidence; mais ce qu’unacteur ne fait pas, ou ne doit pas dire,
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quelqu’autre peut le savoir & le révéler ;ce qu’ils n’osent confier à personne , ils sele disent à eux - mêmes ; & comme danslesinomens passionnés i! est permis de pensertout haut, le spectateur entend la pensée.C’est donc une négligence inexcusable, quede laisser, dans Fexpofition des faits, uneobscurité qui nous inquiette & qui nuit àl’illufion.
Si les faits font trop compliqués, la mé-thode la plus sage, en travaillant, c’estde les réduire d’abord à leur plus grandeíimplicité ; & à mesure qu’on apperçoitdans leur exposé quelque embarras à préve-nir, quelque nuage à dissiper, on y répandquelques traits de lumière. Le comble del’art est de faire ensorte que ce qui éclaircitla narration soit aussi ce qui la décore : c’étoitle talent de Racine.
Le poète est en droit de suspendre lacuriosité ; mais il faut qu’il la satisfasse :certe suspension n’est méme permise qu’au-tant qu’elle est motivée ; & il n’y a qu’unpoème folâtre, comme celui de l’Ariostë ,où l’on soit reçu à se jouer de l’impatiencede ses lecteurs.
L’art de ménager l’attention sansî’épuiser,consiste à rendre intéressant & commeinévitable l’obstacle qui s’oppose à l’éclair-cissement, & de paroitre soi-même parta-ger l’impatience que l’on cause. On emploiequelquefois un incident nouveau pour sus-pendre & différer l’éclaircissement ; maisqu’on prenne garde à ne pas laisser voir qu’ilest amené tout exprès, & fur-tout à ne pasemployer plus d’une fois le même artifice.Le spectateur veut bien qu’on le trompe ,mais il ne veut pas s’en appercevoir. La
disent ; démêler les intérêts, & terminer le tout d’une maniéré satisfaisante. Tout cela doitctêtre traité en vers nobles , harmonieux , dans un style rempli de sentimens , de comparai-sons & d’autres ornemens convenables au sujet en général, Sc à chacune de ses parties enparticulier. Foyeq Style.
Les qualités d’une narration, épique font, la vraisemblance, l’agrément , la clarté. Elledoit être également noble , vive , énergique , capable d’émouvoir & de surprendre , con-duisant , pour ainsi dire , à chaque pas le lecteur de merveilles en merveilles. Voye\_Merveilleux
Selon Horace Futile & l’agréable sont inséparablement nécessaires dans un poème épique.
Omne tulit punSum , qui miscuit utile dulci.
Le P. le Bossu prétend que Futile y est de nécessité absolue , Sc que Fagréable n’est quede nécessité accessoire , d’autres au contraire veulent qu’on ne s’y propose que l’agrément ,& que l’instruction morale n’ en fasse pas une partie essentielle, Rbyq. Fable , Epique ,Epopée,
Tome XXII.
Zzzz