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Tome vingt-deuxième.
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rule est permise en poésie comme I’étoit lelarcin à Lacédémone ; mais on punit lesmal-adroits.

II n’y a que les faits surnaturels dont lepoète soit dispensé de rendre raison en lesracontant. (Edipe est destiné dès sa nais-sance à tuer son pere & à épouser sa mere;Calcas demande qu’on immole Iphigéniefur l’autel de Diane ; qu’a fait (Edipe , qu’afait Iphigénie pour mériter un pareil fort ?Telle est la loi de la destinée , telle estla volonté du ciel : le poète n’a pas autrec'iose à répondre. Il faut avouer que cestraditions populaires , st choquantes pourla raison , étoient commodes pour lapoésie.

Les poètes anciens n’ont pas toujoursdédaigné de motiver la volonté des dieux;& le merveilleux est bien plus satisfaisantlorsqu’il est fondé , comme dans I’Énéide ieressentiment de Junon contre les Troyens,& la colere d'Apollon contre les Grecsdans l’Iliade. Mais pour motiver la conduitedes dieux , il faut une raison plausible : ilvaut mieux n’en donner aucune que d’enalléguer de mauvaises. Dans l’Enéide , pafexemple, les vaisseaux d’Enée, au momentqu’on va les brûler, sont changés en nym-hes : pourquoi ? parce qu ils sont faits desois du mont Ida consacré à Cybele ; mais,comme un critique l’obferve , plusieurs deces vaisseaux n’en ont pas moins péri furles mers ; & ce qui ne les a pas garantisdes eaux , ne devoir pas les garantir desflammes.

Ce que je viens de dire de la clarté, con-tribue aussi à la vraisemblance. Un faitn’est incroyable que parce qu’on y voit del’incompatibilité dans les circonstances, oude l’impoístbilité dans l’exécution. Or , enf expliquant , tout fe concilie , tour s’ar-range, tout fe rapproche de la vérité.Etiam incrciibile folenia effìcit Jeeps credibileejfè ( Scaliger ). " Mais la crédulité est

» une mere que fa propre fécondité étouffe» tôt ou tard „ ( Bayle ). D’un tiffu defaits possibles le récit peut être incroyable,st chacun d J eux est st rare , st singulier,tju’il n’y ait pas d’exemple dans la natured’un tel concours d’événemens. 11 peutarriver une sois que la statue d’un hommetombe fur son meurtrier & l’écraíe,

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f comme fit celle de Mytis. I! peut arriverqu’un anneau jeté dans la mer, fe retrouvedans le ventre d’un poisson , comme celuide Policrate ; mais un pareil accident doitêtre entouré de faits simples & familiersqui lui communiquent Pair de la vérité.C’est une idée lumineuse d’Aristote, quela croyance que l’on donne à un fait feréfléchit fur l’autre, quand ils font liés avecart. “ Par une espece de paralogisme qui» nous est naturel, nous concluofis, dit—»? il, de ce qu’une chose est véritable,» que celle qui la fuit doit l’étre ». Cetteremarque importante prouve combien,dans le récit du merveilleux, il est essen-tiel d’entremêler des circonstances com-munes.

Ceux qui demanderoient qu’un poèmefût une fuite d’événemens inouis, n’ontpas les premieres notions de l’art. Ce qu’ilsdésirent dans un poème, est le vice des.anciens romans. Pour me persuader queles héros qu’on me préíente ont fait réel-lement des prodiges dont je n’ai jamaisvu-d’exemples, il faut qu’ils fassent deschoses qui tous les jours se passent sousmes yeux. II est vrai que parmi les détailsde la vie commune, l’on doit choisir avecgoût ceux qui ont le plus de noblesse dansleur naïveté , ceux dont la peinture a leplus de charmes ; & en cela les mœurs an-ciennes étoient plus favorables à la poésieque les nôtres. Les devoirs del’hospitalité,les cérémonies religieuses, donnoient unair vénérable à des usages domestiques quin'ont plus rien de touchant parmi ncur.Que les Grecs mangent avant le combat ,leurs sacrifices, leurs libations, leurs vœux,lissage de chanter à table les louanges des.dieux ou des héros, rendent ce repas au-guste. Qu’Henri IV ait pris & fait prendreà ses soldats quelque nourriture avant labataille d’Ivry , c’est un tableau peu favo-rable à peindre. II y a donc de l’avantageà prendre ses sujets dans les temps éloignés,ou , ce qui revient au même, dans lespays lointains ; mais dans nos mœurs onpeut trouver encore des choses naïves. & familières, qui ne laissent pas d’avoir dela noblesse & de la beauté. Et pourquoine peindroit-on pas aujourd’hui les adieuxd’un guerrier qui fe sépare de sa femme &