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Tome vingt-deuxième.
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Ze son fils , avec cette ingénuité naturellequi rend íi touchans les adieux d’Hc-ctor ?Homere trouveroit parmi nous la natureencore bien féconde , & sauroit bien nousy ramener. Le poète cil fi fort à son aiseïorfqu’il fait des hommes de ses héros !Pourquoi donc ne pas s’attacher à cettenature íimple & charmante lorfqu’une foison l’a saisie ? Pourquoi du moins nepas fe relâcher plus souvent de cette di-gnité factice, où l’on tient ses personnagesen attitude & comme à la gêne ? Le dirai-’je? Le défaut dominant de notre poéíiehéroïque , c’est la roideur. Je la voudroissouple comme la taille des grâces. Je nedemande pas que le plaisant s’y joigne ausublime; mais je fuis persuadé qu on nesauroit trop y mêler ie familier noble, &que c’eíl fur-tout de ces relâches que dé-pend Pair de vérité.

La troifieme qualité dela narration, c’estî’i-propos. Toutes les fois que des person-nages qui font en fcene, l’un raconte &les autres écoutent, ceux-ci doivent êtredisposés à l’attention & au silence , & ce-lui-là doit avoir eu quelques raisons deprendre, pour le récit dans lequel il s’en-gage , ce lieu , ce moment, ces person-nes même. S’il étôit vrai que Cinna rendîtcompte à Emilie, dansl’apparternent d’Au-guste, de ce qui vient de fe paster dansrassemblée des conjurés, la personne & letemps fercient convenables, mais le lieune le feroit pas. Théramene raconte àThésée tout le détail de la mort d'Hypo-lite: la personne & le lieu sont bien choi-sis; mais ce n’est point dans le premieraccès de fa douleur, qu’un pere , qui fereproche la mort de son fils, peut enten-dre Pa description du prodige qui Pa causée.Les récits dans lesquels s’engagent les hé-ros d’Homere fur le champ de bataille,font déplacés à tous égards.

Une réglé sûre pour éprouver fi le récitvient à propos, c’est de íe consulter foi-même, de se demander, si j’étois à la placede celui qui l’écoute , l’écouterois-je ? Leferois-je à la place de celui qui le fait? Est-es là même, &dans ce même instant, quema situation, mon caractère, mes senti-mens ou mes desseins me décermineroientâ le faire ? Cela tient à une qualité de la

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narration plus essentielle que l’à-propos ;c’est de Pintérêt que je parle.

La narration purement épique , c’est-á-dire, du poète à nous, n'a besoin d’êtreintéressante que pour nous-mêmes. Qu’elleréunisse à notre égard l’agrément & futi-lité , Pobjet du poète est rempli : elle peurméme fe passer d’iristruire, pourvu qu’elleattache. Egli à defiderato per fe fïefso (dit leTaise en parlant du plaisir ) e ía'ltre case perluijono defiderate. Or, le plaisir qu’elle peutcauser est celui de l’esprit, de Pimagina-tion ou du sentimënt.

Plaisir de l’esprit, lorsqu’clle est unesource de réflexions ou de lumières : c’estPintérêt que nous éprouvons à la lecturede Tacite. Il suffit à Phifloire , il ne suffitpas à la poésie ; mais il en fait le plus so-lide prix , & c’est par-là qu’elle plaît auxsages.

Plaisir de Pimagination , lorsqu’on pré-sente aux yeux de lame le tableau de lanature : c’est-là ce qui distingue la narrationdu poète de celle de Phistorien. Le soin dela varier & de l’enrichir, fait qu’on y mêlesouvent des descriptions épisodiques ; maisPart de les enlacer dans le tissu de la nar-ration, àz les placer dans les repos, de leurdonner une juste étendue , de les faire dé-sirer , ou comme délassemens, ou commedétails curieux; cet art, dis-je, n'est pasfacile.

Omniasponte sua venìant , lateatque vagarj.iDulcis amor. Vida.

Cet attrait même de la nouveauté , ceplaisir de Pimagination , s’il étoit seul ,feroit foible & bientôt insipide : Pâme ne| sauroit s’attacher à ce qui ne Péclaire ni nel’émeut ; & du moins si on la laisse froide,ne faut il pas la laisser vuide.

Plaisir du sentiment, lorsqu’tine pein-ture fidelle & touchante exerce en nouscette faculté de Pâme par les vives impres-sions de !a douleur ou de la joie ; qu’ellenous émeut, nous attendrit, nous inquiette& nous étonne, nous épouvante, nousafflige & nous console tour à tour ; enfinqu’elle nous fait goûter la satisfaction denous trouver sensibles, le plus délicat detous les plaisirs.

De ces trois intérêts, le plus vif estévidemment celui-ci. Le sentiment suppléaZzzz í