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Tome vingt-deuxième.
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â tout, & rien ne supp'ée an sentiment:feu!, il se suffit 1 lui-méme, & aucune au-tre beauté ne se soucient s’il ne l’anime.Voyez ces récits qui sc perpétuent d’àgeen âge, ces traits dont on est íì avide désI’enfa.ice, & qu’on aime à se rappeler en-core dans lage le plus avancé : ils font touspris dans le sentiment. Mais c’est du con-cours de ces trois moyens de captiver lesì esprits, que résulte battrait invincible dela narration & la plénitude de Fintérét.Cest donc sous ces trois points de vue quele poète , avant de s’engager dans ce tra-vail , doit en coníidérer la matière pouren mieux pressentir Fesser. II jugera, parla nature du fond , de sa stérilité ou de sonabondance ; & glissant sur les endroits quine peuvent rien produire, il réservera lesforces du génie pour semer en un champfécond. H vc tu tum narrabis parcè , tu/n dif-pones apte. Seal.

Je n’ai constdéré jusqu’ici Fintérét, quedu poete au lecteur , & tel qu’il est mêmedans F épopée ; mais dans le poème dra-matique il est relatif encore aux personnagesqui font en feene ; & c’est par eux qu’il doitcommencer. Qu’importe, direz-vous, qu’unautre que moi s’intéresse au récit que j’en-tends ? 11 importe beaucoup, & on va levoir. Je conviens que, íì le spectâteur estintéressé, Fobjet du poète est rempli ; maisl’intérêt dépend de l’illufion , & celle - cide la vraisemblance : or , il n’est pas vrai-semblable que d.ux acteurs fur la feene s’oe-cupenc, Fun à dire, l’autre à écouter cequi n'intéresse ni Fun ni F autre. De plus ,Fintérét du spectateur n’est que celui despersonnages ; & selon que ce qu’il entendles affecte plus ou moins, l’impresiîon réflé-chie qu’il en reçoit est plus profonde ou pluslégere.

Les faits contenus dans l’expositionde Rodogune , ne manquent ni d’ìm-portance , ni de pathétique ; mais desdeux personnages qui font en feene, Funraconte froidement, l’autre écoute plusfroidement encore, & le spectateur s’enressent.

L’intérét personnel de celui qui raconte,est un besoín de conseil, de secours, deconsolation, de soulagement; Fintérét quilui vient du dehors , est ua mouvement

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d’assectìon ou de haine pour celui dont fafortune ou la vie est en péril ou commeen suspens. L’intérêt personnel de celui quiécoute , est tranquille ou passionné , decuriolitéoud’inquiétude; &Fune& i’autreest d’autant plus vive, que l’événement letouche de plus près ; Fintérét, s’il lui estétranger, vient d’un sentiment d< bienveil-lance ou d’inimitié, de compassion ou d’hu-manité fimple.

Plus la narration est intéressante pour lesacteurs, moins elle a besoin de l étre direc-tement pour les spectateurs: je m’explique-Un fait simple , familier, commun , - quivient de fe passer sous nos yeux , n’est rienmoins qu’intérestant pour nous à entendreraconter ; mais si ce récit va porter la joiedans Famé d’un malheureux qui nous a faitverser des larmes ; s’il le tire de l’abimeoù nous avons frémi de le voir tomber ;s’il jette la désolation , le désespoir danslame d’iine mere, d’un ami, d’un amant gsi , par une révolution subite , il changela face des choses , & fait passer le person-nage que nous aimons d’une extrémité defortune à l’autre , il devient très - intéres-sant , quoiqu’il n’ait rien de merveilleux ,rien de curieux en lui-méme. Si au con-traire la narration n’a pas cette influencerapide & puissante sur le sort des personna-ges; si elle ne doit exciter aucunes de cessecousses, dont F ébranlement fe commu-nique à Famé des spectateurs ; au défautde cette réaction , elle doit avoir uneaction directe & relative de Fobjet à nous-mémes. C’ett-là qu’il faut nous rendre lesobjets préfens par la vivacité des peintures»Enée & Didon, Henri IV & Elisabeth nefont pas assez émus pour nous émouvoir &nous attendrir ; mais le tableau de Fíncendiede Troie, & celui du massacre de la saintBarthelemi, nous frappent , nous ébran-lent directement & fans contre - coups :c’est ainsi qn’agit Fépopée lorsqu’elle n’estpas dramatique ; & alors, pour suppléer àFaction , elle exige les couleurs les plusvives & les plus vraies , les couleursmême de la nature , & fans aucun vernisde Fart.

Plus F exposé d’un événement tragique estnud, simple & naïf, mieux il fait Fimpres-sion de la chose : toute circonstance qui n’a-