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NATURE, ( LA belle) , {Beaux Arts.)la belle nature est la nature embellie , per-fectionnée par les beaux arts pour l’usage& pour l’agrément. Développons cette vé-rité avec le secours de fauteur des prin-cipes de littérature.
Les hommes ennuyés d’une jouissancetrop uniforme des objets que leur offroitla nature toute íimple , Sc fe trouvantd’ailleurs dans une situation propre à rece-voir le plaisir, ils eurent recours à leurgénie pour fe procurer un nouvel ordred’idées & de scntimens, qui réveillât leuresprit, & ranimât leur goût. Mais quepouvoir faire ce génie borné dans fa fécon-dité & dans ses vues, qu’il ne pouvoítporter plus loin que la nature , & ayant d’unautre côté à travailler pour des hommes,dont les facultés étoient resserrées dans lesmêmes bornes ? Tous ses efforts durentnécessairement se réduire à faire un choixdes plus belles parties de la nature , pouren former un tout exquis , qui fût plusparfait que la nature eFe-même, fanscependant cesser d’être naturel. Voilà leprincipe fur lequel a dû nécessairement fedresser le plan des arts, & que les grandsartistes ont suivi dans tous les siécles Choi-sissant les objets & les traits, ils nous lesont présentés avec toute la perfection dontils font susceptibles. Ils n’ont point imité lanature telle qu’elle est en elle même ; maistelle qu’elle peut être, Lc qu’on peut la con-cevoir par l'esprit. Ainsi puisque l’objet deFimitation des arts est la belle nature , repré-sentée avec toutes ses perfections, voyonsdonc comment fe fait cette imitation.
On peut diviser la nature par rapport auxarts en deux parties: l’une dont on jouitpar les yeux, & l’autre par la voie desoreilles, car les autres sens font absolumentstériles pour les beaux arts. La premierepartie est l’objet de la peinture qui repré-sente en relief, & enfin celui de Fart dugeste , qui est une branche des deux autresarts que je viens de nommer, & qui n'endifféré, dans ce qu’il embrasse , que parceque le sujet auquel on attache les gestesdans la danse est naturel & vivant, au lieuque la toile du peintre & le marbre dusculpteur ne le sont point.
La seconde partie est l’objet de la mu-
sique ,chant ;
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considérée seulesecond lieu
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& comme un, de la poésiequi emploie la parole , mais la parolemesurée & calculée dans tous les tons.
Ainsi la peinture imite la belle nature parles couleurs, la sculpture , par les reliefs ;la danse , par les mouvemens & par lesattitudes du corps. La musique Fimite parles sons inarticulés, & la poésie enfinpar la parole mesurée. Voilà les caractèresdistinct:fs des arts principaux : & s’il arrivequelquefois que ces arts se mêlent & seconfondent, comme, par exemple, dans lapoésie ; si la danse fournit des gestes auxacteurs fur le théâtre ; si la musique donnele ton de la voix dans la déclamation , si lepinceau décore le lieu de la ícene , ce fontdes services qu’ilsse rendent mutuellement,en vertu de leur fin commune , & de leuralliance réciproque ; mais c’est fans préju-dice à leurs droits particuliers & naturels»Une tragédie fans gestes, fans musique,fans décoration est toujours un poème. C’estune imitation exprimée par le discoursmesuré. Une musique sans paroles est tou-jours musique : elle exprime la plainte &la joie indépendamment des mots qui l’ai-dent, à la vérité , mais qui ne lui apportentni ne lui ôtent rien de fa nature ni de sonessence. Son expression essentielle est leson, de même que celle de la peinture estla couleur , & celle de la danse le mouve-ment du corps.
Mais il faut remarquer ici que commeles arts doivent choisir les destins de lanature, & les perfectionner, ils doiventchoisir aussi à perfectionner les expreíîionsqu’ils empruntent de la nature. Ils ne doi-vent point employer toutes sortes de cou-leurs , ni toutes fortes de sons : il faut enfaire un juste choix, & un mélange exquis;il faut les allier, les proportionner , lesnuancer , les mettre en harmonie. Les cou-leurs & les sons ont entr’eux des sympa-thies & des répugnances. La nature a droitde les unir, suivant ses volontés ; maisFart doit le faire selon les réglés. 11 fautnon seulement qu’il ne blesse point le goût,mais qu’il le flatte , & le flatte autant qu’ilpeut être flatté. De cette maniéré on peutdéfinir la peinture, la sculpture, la danseune imitation de la belle nature , exprimée-