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Tome vingt-deuxième.
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par les couleurs, par le relief, par lesattitudes; & la musique & la poésie, l’imi-tation de la belle nature , exprimée par lessons ou par le discours mesuré.

Les arts dont nous venons de parler onteu leur commencement, leur progrès &leurs révolutions dans le monde. II y eutun temps où les hommes occupés du seulfoin de soutenir ou de défendre leur vie ,n’étoient que laboureurs ou soldats: fansloix , fans paix , fans mœurs , leurs sociétésn’étoient que des conjurations. Ce ne futpoint dans ces temps de trouble & de té-nèbres qu’on vit éclore les beaux arts; cnsent bien par leur caractère qu’ils font lesenfans de l’abondance & de la paix.

Quand on fut las de s’entre - nuire, &qu’ayant appris par une funeste expérience,qu’il n’y avoit que la vertu & la justicequi postent rendre heureux le genre hu-main , on eut commencé à jouir de la protection des loix, le premier mouvementdu cœur fut pour la joie. On fe livra auxplaisirs qui vont à la fuite de l’innocençe.Le chant & la danse furent les premieresexpressions du sentiment ; & ensuite leloiiir , le besoin , l’occasion, le hasard don-nèrent l’idée des autres arts, & en ouvri-rent le chemin,

Lorsque les hommes furent un peu dé-grossis par la société , & qu’ils eurent com-mencé à sentir qu’ils valoient mieux parl’es-prit que par le corps, il se trouva sans doutequelque homme merveilleux , qui, inspirépar un génie extraordinaire , jeta les yeuxfur la nature.

Après savoir bien contemplée, il seconsidéra lui-même. Il reconnut qu’il avoitun goût né pour les rapports qu’il avoitobservés ; qu’il en étoit touché agréa-blement. II comprit que l’ordre , la va-riété , la proportion tracée avec tant d’éelatdans les ouvrages de la nature , ne dévoientpas seulement nous élever à ia connoiílàncejd’une intelligence suprême , mais qu’elìespouvoient encore être regardées comme desleçons de conduite, & tournées au profitde la société humaine.

Ce fut alors, à proprement parler, queles arts sortirent de la nature■ Jusques-îàtous leurs élémens y avoient été confon-dus & dispersés, comme dans une forte de

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cahos. On ne les avoit guere connus quenar soupçon , ou même par une sorte d’ins-tinct. On commença alors à démêler quel-ques principes : on fit quelques tentatives,qui aboutirent à des ébauches. C’étoit beau-coup : il n’étoit pas aisé de trouver ce doncon n’avoit pas une idée certaine, même enle cherchant. Qui auroit çru que sombred‘un corps environné d’un simple trait ,pût devenir un tableau d’Apelle ; quequelques accens inarticulés puisent donnernaistànce à la musique, telle que nous laçonnoistons aujourd’hui ? Le trajet est im-mérité. Combien nos peres ne firent-ilspoint de courses inutiles, ou même oppo-sées à leur terme ! Combien d’effets malheu-reux , de recherches vaines , d’épreuvesfans succès ! Nous jouissons de leurs travaux;& pour tonte reconnoitíance , ils ont nosmépris.

Les arts en naissant , croient commefont les hommes : ils avoient besoin d’êtreformés de nouveau par une forte d’éduca-tion ; ils sortoient de la Barbarie. C’étoitune imitation , il est vrai ; mais une imita-tion grossière , & de la nature grossièreelle-même. Tout fart consistoit à peindrece qu’on yoyoit, & ce qu’on fentoit; onne savoir pas choisir. La confusion régnoicdans le dessin , la disproportion &l'uni-formité dans les parties, l’excès, la biíar-rerie , la grossièreté dans les ornemens.C’éfoit des matériaux plutôt qu’un édifice :çeper.dant on imitoir.

Les Grecs, doués d’un génie heureux ,

^ saisirent enfin avec netteté les traits essen-tiels & capitaux de la belle nature , &comprirent clairement qu’il ne suffisoit pasd’imiter les choses, qu’il falloir encore leschoisir. Jufqu’à eux les ouvrages de farttf avoient guere été remarquables, que parl’énormjté de la masse ou de l'entreprise.C’étojent les ouvrages des Titans. Maisles Grecs plus éclairés, sentirent qu’il étoitplus beau de charmer l’esprit, que d’é ton-ner ou d’éblouir les yeux. Ils jugèrentque l’unité , la variété , la proportion ,deyoient être le fondement de tous lesarts ; & fur ce fond fi beau , si juste, siconforme aux loix du goût & du senti-ment , on vit chez eux la toile prendre lyrçlief & les couleurs ae la nature ; l’ivqire