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Tome vingt-deuxième.
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Zc le marbre s’animer sous !e ciseau. Lamusique , la poésie , l’éloquence, Parchi-tecture enfantèrent airlii-tôt des miracles ;& comme l’idée de la perfection , com-mune à tous les arcs, sc fixa dans ce beausiécle, on eut prefqu’à la fois dans tousles genres des chefs d’œuvre , qui depuisservirent de modèles à toutes les nationspolies. Ce fut le premier triomphe desarts. Arrêtons-nous à cette époque, puif-qu’i! faut nécessairement puiser dans lesmonumens antiques de la Grece , le goûtépuré & les modelés admirables de labelle nature , qu’on ne rencontre pointdans les objets qui s’offrent à nos yeux.

La prééminence des Grecs , en fait debeauté & de perfection , n’étant pas dou-teuse , on sent avec quelle facilité leursmaîtres de l’art purent parvenir à Pexpref-sion vraie de la belle nature. C’étoit chezeux qu'elle se prêtoit fans cesse àl’examencurieux de Partisse dans les jeux publics,dans les gymnases, & méme fur le théâtre.Tant d’occasions fréquentes d’obferverfirent naître aux artistes grecs l’idée d’allerplus loin. Ils commencerent à se former cer-taines notions générales de la beauté , nonseulement des parties du corps, mais en-core des proportions entre les parties ducorps. Ces beautés dévoient s’élever audessus de celles que produit la nature. Leursoriginaux sc trouvoient dans une natureidéale, c’eít-à-dire , dans leur propre con-ception.

II n’est pas besoin de grands efforts pourcomprendre que les Grecs durent naturel-lement s’élever de P expression du beau na-turel , à l’expression du beau idéal, qui vaau delà du premier, & dont les traits,suivant un ancien interprété de Platon ,sont rendus d’après les tableaux qui n’exif-tent que dans Pefprit. C’est ainsi que Ra-phaël a peint fa Galatée. Comme les beau-tés parfaites, dit-il dans une lettre aucomte Balthafar Caffiglione, sont si raresparmi les femmes, j’exécute une certaineidée conçue dans mon imagination.

Ces forces idéales, supérieures aux ma-térielles , fournirent aux Grecs les princi-pes selon lesquels ils préfentoient les dieux& les hommes. Quand ils vouloient rendrela ressemblance des personnes, ils s’atta-

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choient toujours à les embellir en mêmetemps ; ce qui suppose nécessairement eneux Pintention de représenter une natureplus parfaite qu’elle ne l’est ordinairement,sel a été constamment le faire de Po-lygnote.

Lorsque les auteurs nous disent donc quequelques anciens artistes ont suivi la mé-thode de Praxitèle, qui prit Gratine, famaîtresse, pour modele de la Vénus deGuide, ou que La ïs a été pour plus d’unpeintre Poriginal des Grâces, il ne fautpas croire que ces mêmes artistes, sc soientécartés pour cela des principes généraux,qu’ils refpectoient comme leurs loix su-prêmes. La beauté qui frappoit les sens,presentoit a 1 artiste la belle nature , maisc’étoit la beauté idéale qui lui fournislbitles traits grands & nobles: il prenoit dansla premiere la partie humaine, & dans laderniere la partie divine, qui devoir entrerdans son ouvrage.

Je n’ignore pas que les artistes sent par-tagés fur la préférence que l’on doit donnerà l’étude des monumens de l’antiquité , ouà celle de la nature. Le cavalier Bernin 3été du nombre de ceux qui disputent auxGrecs Pavantage d’une plus belle nature ,ainsi que celui de la beauté idéale de leursfigures. II penfoit de plus, que la naturesavoir donner à toutes ses parties la beautéconvenable , & que l’art ne consiíìoit qu’àla saisir. II s’est même vanté de s’être enfinaffranchis du préjugé qu’il avoir d’abordsucé à l'égard des beautés de la Vénus deMádicis. Après une application longue &pénible, il avoir , difoit-il , trouvé endifférentes occasions les mêmes beautésdans la simple nature. Que la chose soitou non, toujours s’enfuit-il, de son pro-pre aveu , que c’est cette même Vénus quilui apprit à découvrir, dans la nature, desbeautés que jufqu’alors il n’avoit apper-çues que dans cette fameuse statue.

On peut croire auffi avec quelque fon-dement, que sans elle il n’auroit peut-êtrejamais cherché ces beautés dans fa nature.Concluons de-là que la beauté des statuesgrecques est plus facile à saisir que celle dela nature même, en ce que la premierebeauté est moins commune, & plus frap-pante que la derniere.