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Tome vingt-deuxième.
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76° N A T

Une seconde vérité découle de cellequ’on vient d’établir; c’est que, pour par-venir à la connoiflance de la beauté par-faite , l'étude de la nature est au moins uneroute plus longue & plus pénible que l’é-tude des antiques. Le Bernini, qui depréférence recommandoit aux jeunes artis-tes d’imiter toujours ce que la nature avoitde plus beau , ne leur indiquoit donc pasla voie la plus abrégée pour arriver à laperfection.

Ou limitation de la nature fe borne â unseul objet, ou elle rassemble dans un seulouvrage ce que l’artiste a observé en plu-sieurs individus. La premiere façon d’imi-ter produit des copies ressemblantes desportraits. La derniere éleve Pefprit del’artiste jusqu’au beau général, & aux no-tions idéales de la beauté. C’est cette der-niere route qu’ont choisi les Grecs quiavoient fur nous l’avantage de pouvoir feprocurer ces notions, & par la contem-plation des plus beaux corps, & par lesfréquentes occasions d’obferver les beautésde la nature. Ces beautés, comme on l’adit ailleurs , fe montraient à eux tous lesjours, animées de l’exprestìon la plus vraie,tandis qu’elles s’offrent rarement à nous,& plus rarement encore de la maniérédont l’artiste desireroit qu’elles fe préfen-tasiènt.

La nature ne produira pas facilementparmi nous un corps auíïì parfait que celuid’Antinous. Jamais, de même, quand ils’agira d’une belle divinité, l’efprit humainne pourra concevoir rien au dessus desproportions plus qu’humaines de l’Apollondu varican. Tout ce que la nature, l’art&le génie ont été capables de produire, s’ytrouve réunis. N’est-il pas naturel de croireque l’imitation de tels morceaux doit abré-ger l’étude del’art. Dans l’un, on trouve leprécis de ce qui est dispersé dans toute lanature ; dans l’autre , on voir jufqu’où unesage hardiesse peut élever la plus bellenature au dessus d’elle-même. Lorsque cesmorceaux offrent le plus grand point deperfection auquel on puisse atteindre , enreprésentant des beautés divines & humai-nes , comment croire qu’un artiste quiimitera ces morceaux , n’apprendra points penser & à dessiner avec noblesse & fer-

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meté, sans crainte de tomber dans Ter-reur ?

Un artiste qui laissera guider son esprit& sa main par la réglé que les Grecs ontadoptée pour la beauté, se trouvera surle chemin qui le conduira directement àl imitation de la nature. Les notions del’enfemble & de la perfection , rassembléesdans la nature des anciens, épureraient enlui & lui rendront plus sensibles les per-fections éparfes de la nature que nousvoyons devant nous. En découvrant lesbeautés de cette derniere, il saura les com-biner avec le beau parfait ; & par le moyendes formes sublimes, toujours présentéesà son esprit, il deviendra pour lui-mêmeune réglé sûre.

Que les artistes fur-tout fe rappellentfans cesse que l’exprestìon la plus vraie dela belle nature n’est pas la feule chose queles connoisseurs & les imitateurs des ou-vrages des Grecs admirent dans ces divinsoriginaux ; mais que ce qui en fait le ca-ractère distinctif, est l’exprestìon d’un mieuxpossible, d’un beau idéal, en deçà duquelreste toujours lapins bell tt nature.

Ce principe lumineux peut s’étendre àtous les arts, sur-tout à la poésie, à lamusique, âl’architecture, &c. mais en mémetemps il faut bien fe mettre dans l’efprit,que le beau physique est le fondement, labase & la source du beau intellectuel, &que ce n’est que d’après la belle nature quenous voyons, que nous pouvons créer ,comme les Grecs, une seconde nature , plusbelle fans doute, mais analogue à la pre-miere; en un mot, le beau idéal ne doitêtre que le beau réel perfectionné.

Rome devint disciple d’Athènes. Elleadmira les merveilles de la Grece : elletâcha de les imiter : bientôt elle fe fit au-tant estimer par ses ouvrages de goût ,qu’elle s’étoit fait craindre par ses armes.Tous les peuples lui applaudirent ; & cetteapprobation prouva que les Grecs quiavoient été imités par les Romains, étoienten effet les plus excellons modelés.

On fait les révolutions qui suivirent.L’Europe fut inondé de barbares; & par uneconséquence nécessaire, les sciences & lesarts furent enveloppés dans le malheur destemps, jusqffà ce qu’exilés de Constan-tinople ,