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Tome vingt-deuxième.
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moins, d’y donner plus d’attention & delui accorder plus de force : ce qui n’em-pêche pas que le moins estentiel ou l’ac-ceíïdire ne soit íi bien lié au principal,qu’on croiroit que juíqu’à la moindre ba-gatelle toutestessentiel.Decette maniéré,toutouvrage parfait eíl cequ’il devoitêtre.Par rapport à la forme extérieure , elle eíldifposee de façon que chaque objet s’offreaux yeux comme faisant un tout qui existeà part ; la proportion la plus exacte régnéentre les parties, & celles qui font sem-blables occupent des places symmétriques.Avec cela la nature observe en toutl’accordplus parfait de l’extérieur , avec le carac-tère intérieur des choses : la figure , lescouleurs, la surface rude ou polie, dureou molle, ont le rapport le plus exact avecles qualités intérieures des choses. Le corpshumain, comme le plus parfait modelé dela beauté visible, a toujours été proposéà chaque artiste par les plus habiles maîtres,comme l’objet capital de son attention &de son imitation. Ce n’est pas qu’on ne pûtprendre tout autre objet de la nature pourréglé ; mais il est naturel de donner lapréférence à celui qui tombe le plus fré-quemment & le plus distinctement fousnos yeux.

Ce n’est pas ici le lieu de pousser plusloin le développement des procédés de lanature : mais ce que nous en avons dit,suffit pour convaincre un artiste, accou-tumé à réfléchir, qu’il ne doit jamais sui-vre d’autre leçons que celles de la nature.

C’eft d’elle aussi qu’il peut apprendrefa destination & leur but général auquel ildoit rapporter son travail. La nature a desvues fort variées, & qui nous sont souventinconnues ; ces vues se rapportent au tout,& ensuite à chaque partie autant quel’intérét du tout le permet. L'homme estinfiniment trop foible pour agir sur le tout.La petite mesure de forces qu’il possedele restreint dans fa sphère, où il ne trouvequ’un seul moyen de concourir aux vueslublimes de la nature. La vocation parti-culière de l’artiste est d’agir íùr les esprits ;la nature elle-même l’invite à remplir cettenoble destination. Elle a beaucoup faitpour avancer la perfection de l’hommemoral, & les deux grands ressorts do plai-

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sir & du déplaisir , font destinés á le portervers le bien , & à ['éloigner du mal. Mais,comme ce n’étoit pas là la feule chose queîa nature eût à faire , & l’homme ayant enpropre des forces qui peuvent le faire en-trer dans la route de la perfection que lanature lui a indiquée , elle s’est contentéede lui fournir des occasions & des motifs,des attraits même propres à le porter aubien. Pour rendre la chose plus sensiblepar un exemple particulier, elle s’est bor-née à lui fournir toutes les facilités quipouvoient contribuer à l’invention & à laperfection du langage ; mais ç’a été ensuiteà lui à inventer , en effet, le langage & àle perfectionner de même ; elle l’a disposéà revêtir un caractère bon & honnête ,sociable & aimable : mais ['acquisition &la perfection de ce caractère font entreses mains. Ici donc ['artiste a un vastechamp pour déployer son génie de la ma-niéré la plus noble , en dirigeant ses tra-vaux vers un but véritablement élevé.Malheur à lui s’il méconnoît ce but, &s’il ne sent pas toute la dignité de fa voca-tion qui consiste à seconder la nature dansses vues !

II est encore de la derniere nécessitéque ['artiste éprouve au fond de son esprit& de son cœur, ['instigation & ['inspira-tion de la nature. Les talens nécestâircspour l'art & la sensibilité sont des présensimmédiats de la nature. En joignant à celala connoiílance du monde corporel, celledu monde moral, ['exercice & une appli-cation soutenue; voilà ['artiste tout formé.Son goût fera toujours assuré , & ses pro-cédés ne manqueront jamais de le conduireau but, s’il n’étouffe pas ['instinct de lanature par des réglés arbitraires , qui fontdues à ['imitation ou à la mode. Tous lesouvrages distingués des beaux arts fontdans leurs parties essentielles, des fruits dela nature , qui font parvenus à leur maturitépar ['expérience & par de profondes ré-flexions fur ce que la nature offre au génie.Mais comme la tête de l’homme le plussensé , s’il vit parmi les sophistes, se rem-plit de subtilités ; de même ['artiste, auquella nature avoit fourni tout ce qui pouvoiele mettre en érat d’exceller, peut s’écar-ter de la droite route, s’il fuit de mauvais