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Tome vingt-deuxième.
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difficile de deviner quel profit on retireroitde la représentation sur les théâtres del’Europe , d’un drame dont les acteursseroient des Caraïbes ou des Hottentots,peint* exactement d’après nature. Cela nepourroit convenir tout au plus qu’à desphilosophes qui seroient bien aises de voirdes peintures fideles de la nature la plusgromere. Mais cela seroit tout à fait ]étranger au but des beaux arts. J

Le reproche général qu’on a fait aux'tragédies françoises , c’est de donner auxhéros de l’antiquité les caractères & lesmœurs de la nation. Je l’avoue ; mais cestragédies vaudroient-elles mieux , si Aga-memnon & ses contemporains étoientreprésentés dans l’exacte vérité , ou d’aprèsHomere ? Le défaut est dans le choix mêmedu sujet, qui ne convient nullement à laFrance & à ses mœurs. Pl.us une nation aépuré ses mœurs par la raison & le goût,plus les ouvrages de l’art .doivent s’y con-former , si l’on s’y propose d’atteindre aubut de l’art. ( Cet article est tiré de lathéorie des beaux - arts , par M. D ESULZER. )

A. N. Naturel ( Belles-Lettres. ) Dunaturel dans le style. Le naturel est unsentiment de la belle nature joint à unegrande facilité pour la peindre ; c’est luiqui nous apprend à dire les choses commechacun s’imagine qu’il les auroit dites; unesprit naturel , dédaignant les transitionséclatantes, qui trahissent l’art & quelquefoisl’effort, trouve les sciences dans l’ordredes choses , ses idées tiennent l’une à1 autre comme d’elies-même : c’est la dé-pendance de ses pensées qui en forme la,liaison, ce ne font point des pieces derapport, l’ouvrage est jeté en fonte ; unesprit naturel, ennemi de toute contraintecomme de toute affectation, ressemble àces personnes, qui avec une démarche aisée,des attitudes nobles, mais simples, des orne-mens destinés à les vêtir plutôt qu’à lesparer, nous plaisent, nous préviennent enleur faveur, &c font d’autant plus suresde nos suffrages, qu’elles ne paroissent pasy prétendre.

Le moyen le plus sûr pour saisir ce tonnaturel est de ne faire parade ni d’espritni d’érudition.

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Un de nos poètes a dit ingénieusementque l’esprit qu’on veut avoir nuit à l’espritqu’on a, & l’on s’imagine difficilementjusqu’à quel point cette manie de paroîtreingénieux peut nous rendre ridicules. Dansune oraison funebre du brave Crillon ,prononcée à Avignon , il y a environ 150ans , l’orateur s’écrie , " je le vois ausiégé de la Ferre , féru , ferir ; battu,battre ; choqué , choquer , toujours Cril-lon. Je le vois à Montmeillan , bruyant ,brillant, brûlant du désir de combattre ,toujours Crillon. II n’étoit pas seulementfort au pouce droit comme Pyrrhus, ainsen toutes les parties de son corps , forten son cœur comme un Léonidas, forten ses yeux comme un Haspalicus, forten fa prestance comme un Marins , forten son bras comme un Scanderberg».

II est rare que l’affectation d’esprit &d’érudirion soit portée â cet excès : maisdès qu’elle se Iaisteappercevoir elle détruitle naturel. II est cependant dans nos éarirscomme dans nos gestes , la source desgrâces qui séduisent, & de l’intérêt quipastìonne : l’antithese est de toutes lesfigures celles qui lui est la plus opposée.J’avouerai que rien ne contribue plus àl’éclaircistement de deux idées que de faireappercevoir leur affinité ou leur différence,& que le contraste de deux objets, en lesrendant plus remarquables, soulage notreattention & rend nos sensations plus dis-tinctes.

Mais l’on avouera que l’antithese , lors-qu 1 elle est prodiguée , annonce l’effort del’esprit. II faut éviter encore plus les jeuxde mots, tellement accueilis autrefois qu’ilss’introduisirent jusques dans l’éloquence.Lorsque Pyrrhus dit :

Brûlé de plus de feux que je n'en allumai ,

l’on ne peut disconvenir , que les paro-nomasies ou jeux de mots ne soientincom-patibles avec le naturel, qui disparoít dèsque l’esprit veut se montrer. Mais c’est peude ne pas tomber dans ces abus. II fautencore éviter la prétention de donner dal’éclat au style & du saillant aux perssc-es.

Le coloris de nos nouveaux peintres ,disoic Cicéron, ( de ora L 3. ) est plus