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Tome vingt-deuxième.
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brillant que celui des anciens ; cependantla séduction que nous cause la fraîcheurde leurs peintures dure peu , & nous pré-férons à ces tableaux modernes les tableauxantiques. Les sons pleins &c graves ontmoins de douceur que les demi-tons <k lesdièses, & cependant ces agremens de lamusique nous fatiguent lorsqu’ils font pro-digués , les parfums les plus spiritueux ne

Í ilaisent pas aussi long-temps que ceux quirappent moins l’odorat, le toucher mémese lasse des objets qu’un trop grand polirend mois & glissants , & le plus volup-tueux des sens, le goût, éprouve bientôtde la satiété pour ce qui le flatte tropdélicieusement ; les liqueurs qui ont beau-coup d’efprit émoussent les fibres du palais.C’est une loi de la nature que ce qui causebeaucoup de plaisir n’en cause pas long-temps. Concluons-en avec l’orateur ro-main , qu’un discours où tout brille, oùrout éclate , fait naître plutôt une efpeced'éblouissement qu’une admiration vérita-ble , & qu’un écrivain déplaît souvent parl’effort méme qu’il fait pour être goûté.

. II faut dans le style, comme dans les ta-bleaux, des ombres pour donner du relief.Un autre obstacle au naturel, c’est l’uni-formité de la symmétrie & l’alfectation dejustesse ; regardez la nature : après nousavoir offert des vallons délicieux , des co-teaux riants, des sites gracieux , elle metfous nos regards des montagnes pelées &des tableaux agrestes, approchez de ceruisseau, ici i! vous présente une grandenappe argentée, là vous n’appercevez.qussin filet d’eau qui ne s’étend ensuite quepour se rétrécir encore, les saules qui le bor-dent forment une ombre à souhait ; plusloin ils admettent les rayons mobiles dusoleil; leurs branches, toujours irrégulieres,même dans leur symmétrie , offrent millespectacles au lieu d’un. Telle est l’imaged’un écrit naturel.

Il cessera del’être, si fauteur s’étudic àprendre le fait des écrivains célébrés. Nousavons dans notre esprit, comme dans notreprononciation, un ton qui nous convient;& la nature veut que nous peignions lesobjets comme nous les voyons, notre ma-niéré n’eft peut-être pas la meilleure; maisune maniéré meilleure plairoit moins ; elle l

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;ne seroit pas à nous, nous ne réussironspas mieux en contrefaisant notre liiie qu’ertcontrefaisant notre voix : pour paroîtreplus grands, nous nous dressons fur la pointedes pies » nous forçons notre attitude ; l’ons’apperçoit de notre contrainte & l’on ricde nos contorsions ; Ton remarqueroicmoins notre petitesse, si nous ne nous effor-cions pas de la cacher. Un bon esprit puisetout dans son fond , la conscience de sosforces ne lui laisse ni i’envie d’en emprunterd’étrangeres, ni le désir de faire parade decelles qu’il a reçues de la nature : le grandécrivain a le ton naïf, ôc la démarche aiséedes grâces : ce n’est point au carmin qu’ellesdoivent leur coloris, c’est au sang purqui coule dans leurs veines.

Je fais que l’art de cacher l’art est unsupplément au naturel ; mais je fais qu’ilest bien rare d’y parvenir. On s’apperçoit,dit l’abbé Cartaud , quand un auteur se bacîes flancs ; lorsque sa verve a besoin d’êtraexcitée, elle ressemble àces jets-d’eau qui,jouant à force de pompes & de bras, for-cent d’abord leurs canaux , prennent uneffort bruyant &' finissent par distiller furleur embouchure : l’art se trahit par l’efforcqu’il fait pour se cacher. II ne faut pas l’ex-clure ; il embellit la beauté , mais il ne ladonne pas: le défaut de naturel paroxtsur-tout dans les discours de la réception,aux académies.

Le récipiendaire veut ordinairement!dans ses solennités faire parade d’efprit,& réduit par Tissage à traiter des sujets millefois traités par d’autres, il s’eft’orce à rendred’une maniéré neuve des idées qui ne lesont pas : ces efforts enlever»t au style ceton d’avance qui est le premier charme denos écrits, comme de nos maniérés.

Le nouvel académicien qui se croîtobligé de donner une haute idée de sestalens , recherche péniblement ses expres-sions, prodigue celles auxqueiles la har-diesse des acceptions prête de la singularité,accumule les métaphores les plus éclatantes,& devient semblable à ces peintres , quiplaçant toujours le modelé fous l’aspect leplus frappant, ne saisissent jamais les atti-tudes moins remarquables fous lesquellescependant la nature aime à se montrer.

II veut forger les applaudissçmens ; de là

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