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Tome vingt-sixième.
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6- P L A

Les b’-Çns que nous possédons fcnt-ils doncempoisonnes par ridée que ce sont des pré-,sens d’une intelligence bienfaisante ? N'enJoivent-ils pas plutôt recevoir un nouveauprix , s’il est vrai que l’ame ne soit jamaisplus tranquille & plus parfaite , que quandelle sent qu’elle fait de ces biens un usageconforme aux intentions de son auteur ?Cette idee qui épure nos plaisirs , porte lecalme dans le cœur , & en écarte ì’inquié-tude & le chagrin, Placés dans l'universcomme dans le jardin d’Eden , si la provi-dence nous défend l’usage d’un fruit parFimpuisiance de le cueillir , ou par les in-conveniens qui y font attachés, n’en ac-ceptons pas avec moins de reconnaissanceceux oui fe prefentent a nous de toutesparts ; 1 jouissons de ce qui nous est offert ,fans nous trouver malheureux par ce quinous est refusé : le désir se nourrit d’espé-rance , & s’éteint par l’impoífibilité d’at-teindre à son objet : nous devons à la puis-sance de Dieu , le tribut dsime soumissionparfaite à tout ce qui résulte de rétablisse-ment de fes lois ; nous devons à fa sagessel’hommage d’une persuasion intime; que sinous étions admis à fes conseils, nous ap-plaudirions aux raisons de fa conduite. Ceslentimens respectueux, un sentiment deplaisir les accompagne, une heureuse tran-quillité les suit.

II y a aussi du plaisir attaché à l’accom-plissement de nos devoirs envers nous-mêmes ; le plaisir naît du sein de la vertu.Quoi de plus heureux que de se plaire dansune fuite d’occupations convenables à festalens & à son état ? La sagesse écarte loincìe nous le chagrin , elle garantit même dela douleur , qui dans les tempéramens bienconformés ne doit guere fa naissance qu’auxexccs: ioríqu’elle ne peut la prévenir , elleen émouíî'e du moins 1 impression , tou-jours d’autant plus forte qu’on y opposemoins de courage. Les Indiennes, les sau-vages , les fanatiques marquent de la gaietedans le soin des douleurs les plus vives ;ils maîtrisent leur attention au point dela détourner du sentiment désagréable quiles frappe , & de la sixer sur le fantômede perfection auquel ils se dévouent. Seroit-jl possible que la raison ct la vertu appris-sent de l’ambition Lc du préjugé à affaiblir

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! aussi !<? sentiment de la douleur par d’hen-! reuses diversions ?

Si nous vouions remplir tous nos de-voirs envers les antres hommes , soyonsjustes & bienfailans ; la morale nous For-donne, la théorie des sentimens nous yinvite ; F injustice, ce principe fatal desmaux du genre humain , n’afflige pas feu-lement ceux qui en font les victimes, c’estune forte de serpent qui commence pardéchirer le sein de celui qui le porte. Elleprend naissance dans F avidité des richessesou dans celle des honneurs, & en fait sor-tir avec elle un germe d’inquiétude & dechagrin ; l’habitnde de la justice & de labienveillance qui nous rend heureux , prin-cipalement par les mouvemens de notrecœur, nous le rend aussi par les senti-mens qu’elle inspire à ceux qui nous ap-prochent; un homme juste & bienfaisant,qui ne vit que pour des mouvemens debienveillance, est aimé St estimé de tousceux qui l’approchent. Si I on a dit de lalouange , qu’elle étoît pour celui à qui elles’adressoit, la plus agréable de toutes lesmusiques, on peut dire de même qu’itn’est point de spectacle plus doux que celuide fe voir aimé ; tous les objets qui s’of-friront lui seront agréables , tous les mou-vetnens qui s’éléveront dans son cœur , se-ront des plaisirs.

U y a plusieurs sortes de plaisirs ; savoir,ceux du corps & ceux de Fesprit, & ceuxdu cœur ; c’est une suite de ce que nousvenons de dire. II fe présente ici une ques-tion importante, qui bien avant la naissanced’Epicure & de Platon a partagé le genrehumain en deux sectes différentes. Les plai-sirs des sens Femportent-ils fur ceux del’ame ? Et parmi les plaisirs de Famé, ceuxde Fesprit sont-ils préférables à ceux ducœur? Pour en juger, imaginons-Ies en-tièrement séparés les uns des autres &portés à leur plus haut point de perfec-tion. Qu’un être insensible à ‘ceux deFesprit goûte ceux du corps dans toutefa durée, mais que privé de toute con-noiífance il ne fe souvienne point de ceuxqu’il a sentis, qu’il ne prévoie point ceuxqu’il sentira , & que renfermé, pour ainsidire, dans son écaille, tout son bonheurconsiste dans le sentiment sourd & aveugle