Band 
Tome vingt-sixième.
Seite
144
JPEG-Download
 

144 P L A

La troisième espece est Forge commun,áont l’épi est à deux côtés, & le grain plus

P L A

petit; c’est proprement Forge de mars»que par cette raison on appelle marseche ; en

sous les yeux. 11 prétend que l’origine de l’orge fromenté vient de forge mondé, que l’onpile dans des mortiers avec des pilons de bois garnis de clous. Dans cette opération il arrivequ’il y a des grains écrasés , & d’autres qui ne le font pas, & que parmi ces derniers la paillereste aster souvent aux deux extrémités du grain , qui font plus difficiles à monder que le mi-lieu ; & c’elt en semant ces grains qu’on retire l’orge fromenté dont il est question.

M. Adanson prétend que le sieur Malisset est dans l’erreur , & qu’en égrugeant un grain deblé on ne sauroit changer son espece. II est vrai que cette opinion sur l’origine de l’orge sro-mente détruiroit de fond en comble le si sterne de M. Adanson sur les familles naturelles desplantes : sistême uniquement fondé fur i’immutabilité des especes qui ne peuvent se convertirde furie dans l’autre.

Cependant s’il est vrai que les grains se régénèrent ou dégénèrent par une bonne ou mau-vaise culture , 1Ì le blé ras des plaines de Beauce devient barbu dans les terres voisines de laforêt d’Orléans ; s’il en arrive de même aux blés ras semés dans les environs de Gorstadt , oùle blé ras ordinaire acquiert dr la barbe , comme forge, dès la troisième année (M. Duhamel ,après la société économique de Berne, a observé également que , si on se me des sromens rasdans des terres fort grastès qui s nt le long de ìa forêt d’Orléans , ils deviennent barbus entrois ans ; si , au contraire , on leme des blés barbus dans les plaines de Beauce , ils y de-viennent ras) , pourquoi forge dépouillé d’une double écorce superflue par f opération de f é—grugeoir , ne croîcroit-il pas avec une feule écorce plus fine que celle de forge commun ?

Le sieur Malisset en appelle à f expérience , & cite plusieurs laboureurs qui ont semé de cetorge mondé avec succès.

Quoi qu’il en soit de cette origine , on vend beaucoup d’orge fromenté a la halle de Paris &chez les grenetiers ; & il í'eroít ridicule de révoquer en doute l’existence de cette espece parti-culière , ainsi qu’il m’est arrivé à Dijon , où j’ai été obligé d’en faire venir pour convaincre lesincrédules.

Cet orge pese 230 à 2jo livres le sétier de Paris, c’est 30 à cinquante livres de plus que forgeordinaire qui pese 180 à 200 livres le sétier. La différence du prix de forge fromenté k l’orgecommun n’est point proportionnée a celle de leurs qualités respectives , parce qu’on sacheteà la mesure & non au poids.

L’orge fromenté a de la main comme de la navette ; il est couleur de gris glacé , & plusplein que forge ordinaire , parce que , dit le sieur Malisset , il a été mis dans seau avant d’êtreinondé & semé. Quand on le casse sous la dent, on voit que tout est farine dans le grain ■ iln’y a que les deux extrémités où il y a du son : il est plus dur à la mouture que forge ordinaire,parce qu’étant dépouillé de son écorce , le soleil a plus fait d'impression sur lui, & fa farineest plus ferme. II pourroit tenir lieu de forge mondé , & il sussiroit de le faire tremper dansl’eau tiede , ce qui le grossit de moitié. Une livre d’orge fromenté feroit , en bouillie , autantde profit que trois livres d’orge mondé ; il se conserve sec, k la différence de forge mondé ,qui est sujet k s’échausser en peu de jours & k prendre un mauvais goût. La farine de forgefromenté est plus blanche que celle de l’orge ordinaire , & d’un meilleur travail dans l’emploi ,puisque, par l’expérience, 240 livres d’orge fromenté donnent 300 livres de pain, en mêmepoids de farine de forge ordinaire , dont le plus beau ne donne que 230 k 240 livres de pain.

Le pain de forge fromenté est plus blanc, ct sa qualité peut aller k un tiers au-de(ïùs: il bouffemieux en pâte ct dans le four, ct trempe mieux dans la soupe : il est plus doux ct plus aisé kla digestion que le pain de forge ordinaire.

L’orge fromenté se conserve mieux que forge ordinaire , parce que n’ayant point ou très-peu de son , il n’est pas sujet a fermenter ; car il est défait que c’est toujours le son qui estla cause de la fermentation.

Comme l’orge ordinaire est plus sujet que le blé & le seigle aux insectes , ct principalementà la calendre & aux charansons , on pourroit en garantir forge fromenté , parce qu’il est plu*facile k étuver , ayant moins de son. ,

Le sieur Malisset , de qui nous tenons ces détails , prétend qu’on peut monder du b‘ tfcomme de forge , & qu’alors le blé mondé auroit autant d’avantage fur le blé qui ne I eferoit pas , que l’orge fromenté en a fur forge ordinaire : il pense qu’il en feroit de même d etoutes les autres sortes de grains sonneux. Ces expériences mériteroient bien d’être suivies :on sent assez à quel point leur résultat feroit intéressant.

Picardie

»