« 2 C, POEl’eté. Le désordre qu’ils fe permettent n’estque dans les p.ecices parties, où il paroi t uneffet de la négligence & de l'oubli plutôtque de l’ignorance. Dans les grandes , ilssuivent ordinairement Tordre naturel.
2 °. La seconde réglé est une suite de lapremière. En vertu du droit que se donnentles poètes, de traiter les matières en écri-vains libres & supérieurs, ils mêlent dansJeurs ouvrages des choses étrangères à leursujet, qui n’y tiennent que par occasion ;& cela pour avoir le moyen de montrerleur érudition , leur supériorité, leur com-merce avec les muses. Tels font les épi-sodes d’Aristée & d’Orphée , les métamor-phoses de quelque nymphe en souci , en ri-vière, en rocher.
3 °. La troisième regarde Pexpreíïìon. ilss’arrogent tous les privilèges du style poé-tique. Ils chargent les idées en prenant destermes métaphoriques, au lieu des termespropres > en y ajoutant des idées acces-soires par les épitheres qui fortifient, aug-mentent , modifient les idées principales.Ils emploient des tours hardis, des cons-tructions licentieuíes , des figures de mots& de pensées qu’ils placent d’une façon sin-gulière. Ils sentent des traits d’une érudi-tion détournée & peu commune. Enfin ,ils prennent tous les moyens de persuaderà leurs lecteurs que c’est un génie qui leurparle, afin d’étonner par-Ià leur esprit , &de maîtriser leur attention.
La quatrième réglé & la plus importanteà suivre, est _ de rendre le poème didac-tique le plus intéressant qu’il est possible.Tous les auteurs de goût qui ont com-posés de tels poèmes, & qui ont employéles vers à nous donner des leçons , se sontconduits fur ce principe. Afin de soutenirl’attention du lecteur , ils ont seme leursvers d’images qu'i peignent des objets tou-chans ; car les objets qui ne font propresqu’à satisfaire notre curiosité , ne nous at-tachent pas autant que les objets qui fontcapables de nous attendrir. S’il m’est per-mis- de parler ainsi , Tesprit est d’un com-merce plus difficile que le cœur.
Quand Virgile composa îes géorgiques ,qui font un poème didactique , dont le titrenous promet des instructions fur i’agricul-ture & fur les occupations de la vie cham-
POE
pétre, il eut attention à le remplir dsimi-tatxons faites d’après des objets qui nousauroient attachés dans la nature. Virgile nes’est pas même contenté de ces images ré-pandues avec un art infini dans tour i’ou-vrage. 11 pjace dans un de ses livres une dis-sertation faite à l’occasion des présages dusoleil , il y traite avec toute l inventiondent la poésie est capable, le meuttre deJules-Cesar, & le commencernent du régnéd'Auguíîe. On ne pouvoit pas entretenirles Romains d’un sujet qui les intéressâtdavantage.
Virgile met dans un autre livre la fablemiraculeuse d’Aristée, & la peinture deseffets de Tamour. Dans un autre c’est untableau de la vie champêtre qui forme unpaysage riant & rempli des figures les plusaimables. Enfin , il iniere dans cet ouvrageT-aventure tragique d’Orphée & d’Euridice,capable de taire fondre cn larmes ceux quila verroient véritablement.
II est si vrai que ce sont ces images quisont causes qu’on se plaît tant à lire lesgéorgiques , que i’attention se relâche suries vers qui donnent les préceptes que letitre a promis. Supposé même que l’objecqu’un poème didactique nous présente fûtíi curieux qu’on le lûc une sois avec plai-sir , on ne le relirait pas avec la mêmeattention cju’on relit une églogue. L’es-prit ne sauroit jouir deux sois du plaisirde sentir la même émotion. Le plaisir Rap-prendre est consommé par le plaisir desavoir.
Les poèmes didactiques que leurs auteursont dédaigné d’embellir par des tableauxpathétiques assez írécjuens, ne sont guereentre les mains du commun des hommes.
Quel que soit le mérite de ces poèmes »on en regarde la lecture comme une occu-pation sérieuse, & non pas comme un plai-sir. On les aime moins, & le public n’enretire guere que les vers qui contiennentdes tableaux pareils â ceux dont on loueVirgile d’avoir enrichi les géorgiques.
II n’est personne qui n’admire le génie &la verve de Lucrèce , l’énergie de ses ex-pressions , la maniéré hardie dont il peintdes objets pour lesquels le pinceau de I 3poésie ne paroiíïoit point fait , enfin fa dex-térité pour mettre en vers des choses q uS
Virgile