z 46 POE
gânce de ses dieux & la grossièreté de seshéros ; c’est reprocher à un peintre d'avoirdonné à ses figures des habillemens de sontemps. Homère a peint les dieux tels qu’onles croyoit, &. les hommes tels qu’ils étoient.Ce n’est pas un grand mérite de trouver deJ’abfurdité dans îa théologie payenne , maisil faudroit être bien dépourvu de goût pourne pas aimer certaines fables d’Homere. Sil’ídee des trois grâces qui doivent toujoursaccompagner la déesse de la beauté, si laceinture de Vénus font de son invention ,q ueìles louanges ne lui doit-on pas pouravoir ainsi orné cette religion que nous luireprochons ? Et si ces fables étoient déjà re-çues avant lui, peut-on mépriser un sieclequi avoir trouvé des allégories si justes &si charmantes ?
Quant à ce qu’on appelle grojjtéretê dansles héros d’Homere , on peut rire tantqu’on voudra, de voir Patrocle préparerle dîner avec Achille. Achille & Patroclene perdent rien à cela de leur héroïsme ; &la plupart de nos généraux qui portent dansun camp tout le luxe d’une cour efféminée ,n’égaleront jamais ces héros qui faisoientleur cuisine eux-mêmes. On peut se mo-quer de la princesse Naufica, qui, suiviede ses femmes, va laver ses robes & cellesdu roi & de la reine. Cette simplícité*si res-pectable- , vaut bien mieux que la vainepompe & l’oisiveté dans lesquelles les per-sonnes d’un haut rang font nourries.
Ceux qui reprochent à Homère d'avoirtant loué la force de ses héros, ne saventpas qu’*avant finvention de la poudre , laforce du corps décidoit de tout dans les ba-tailles. Ils ignorent que cette force est l'o-rigine de tout pouvoir chez les hommes ,& que c’est par cette supériorité seule, queles nations du Nord ont conquis notre émis-phere, depuis la Chine jusqu’au mont Atlas.Les anciens se faisoient une gloire d’êtrerobustes; leurs plaisirs étoient des exercicesviolens ; ils ne pastoienr point leurs jours àfe faire traîner dans des chars mollementsuspendus, à couvert des influences de l’air,pour aller porter languiííamment, d’unemaison dans une autre, leur ennui & leurinutilité. En un mot, Homère avoir à re-presonter un Ajax & un Hector, non unçourtisan dç Versailles ou de Sajnt-James,
P O Ë
Je ne prétens pas cependant justifier Ho-mère de tour défaut ; mais j’aime la maniérédont Horace le juge ; c’est un soupçon ,plutôt qu’une accusation ; & il est mêmefâché d’avoir ce soupçon. Les beautés deses ouvrages font fi grandes , que j’oubiieles momens ou il tne parort sommeiller. Oaretrouve par-tout dans ses poésies un géniecréateur , une imagination riche & brillan-te , un enthousiasme presque divin. II aréuni toutes les parties ; le gracieux, leriant, le grave & le sublime ; & à ce der-nier égard il est bien supérieur à Virgile.
Je ne m’attacherai point à montrer sontalent dans l’invention , son goût dans ladisposition, sa force & sa justesse dans fex-prestìon ; on peut lire tout ce qu’en ditfauteur des principes de la Littérature. Jsme contenterai seulement de remarquer »que le plus grand mérite d’Homere , est deporter par-tout fempreinte du génie. Nous.ne sommes plus en état de juger de son élo-cution , que toute f antiquité greque & la-> tine admiroit. Nous savons tout au plus lavaleur des mots : nous ne pouvons jugers’ils sont nobles, & à quel point ils le font ;si chaque mot étoit le mot unique dans f en-droit où il est placé. Nous ne sommes pointsûrs de la prononciation ; notre organe n’y-est point faite : de forte que si Homere nousenchante , nous n'en avons presque obli-gation qu’à la beauté des choses, & à f éner-gie de ses traits, qui, quoiqu'à demi effacéspour nous , nous paraissent encore plusbeaux que la plupart des modernes, dontle coloris est si frais.
S’íl décrit une armee en marche, " c’est" un feu dévorant, qui poussé par les vents,» consume la terre devant lui. » Si c’est undieu qui se transporte d’un lieu à un autre ," d fait trois pas, & au quatrième , il arrive» au bout du monde, n On entend dans lesdescriptions de combats, le bruit de guer-re , le cliquetis des armes, le fracas de lamêlée, le tonnerre de Jupiter qui gronde,la terre qui retentit fous les piés des coxn-battans. On n’est point avec le poète , onest au milieu de ses héros, On ne Ut pointson ouvrage ; on croit être présent à toutcç qu’íl raconte. L’esprit, fimagination , lecœur, toute la capacité de famé est rempliepar la grandeur des intérêts ; gar ia vivacité