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Tome vingt-sixième.
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Les suffrages & staminé d’.Auguste , deMécene, deTucca, dePoilion, d’Horace,de Gallus ne servirent pas peu , fans doute,à diriger les jugemens de ses contemporains,qui peut-être fans cela ne lui auroient pasrendu íì-tót juílice. Quoi qu’il en soit, telleétoit la vénération qu’on avoit pour lui àRome, qu'un jour comme iî vint paroîtreau théâtre après qu’on y eut récité quel-ques-uns des vers de l’Enéide, tout le peu-ple se leva avec de grandes acclamations,honneur qu’on ne rendoit alors qu’à l’ein-pereur. _ . ' ,

La critique la plus vraie, la plus gençraìe& la mieux fondée qu’on puisse faire de l’E-néide , c’est que les six derniers chants fontbien inférieurs aux six premiers; cependanton y reconnoît par-tout la main de Virgile,& l’on doit convenir que ce que la forcede son art a tiré de ce terrain ingrat estpresque incroyable. II est vrai que ce grandpoète n’avoit voulu réciter à Auguste quele premier , le second , le quatrième & lesixième livres , qui font effectivement laplus belle partie de son poème. C’est-là queVirgile a épuisé tout ce que l’imaginationa de plus grand dans la descente d’Enée auxenfers, ou, si l’on veut, dans le tableaudes mystères d’Eleusis. II a dit tout au cœurdans les amours de Didon. La terreur & lacompassion ne peuvent aller plus loin quedans fa description du siégé, de la prise &de la ruine de Troie. De cette haute élé-vation où il étoit parvenu au milieu deson vol, il étoit bien difficile de ne pas des-cendre.

Mais il est assez vraisemblable que Vir-gile sentoit lui-même que cette dernierepartie de son ouvrage avoir besoin d’êtreretouchée. On sait qu’il ordonna par sontestament que l’on brûlât son Éneide dontil n’étoit point satisfait ; mais Auguste sedonna bien de garde d’obéir à fa dernierevolonté , & de priver le monde du poèmele plus touchant de l’antiquité. II tient au-jourd’hui la balance presque égale avecniiade : on trouve quelquefois dans Homeredes longueurs, des détails qui ne nous pa-* roissent pas aslèz choisis. Virgile a évité cespetites fautes, & a mieux aimé rester en-deçà que d’aller au-delà.

Enfin les Grecs & les Latins n’ont rien eu

POE

de plus beau &c de plus parfait en leurs lan-gues que les poésies d'Homere & de Vir-gile ; c’est ja source , le modele & îa réglédu bon goût. Ainsi il n’y a point d’hommede lettres qui ne doive savoir, & savoirbien les ouvrages de-ces deux poètes.

Ils ont tous deux dans l’expreífion quel-que chose de divin. On ne peut dire mieux,avec plus de force, de noblesse , d’harmo-nie , de précision ^ ce qu’ils disent l’un &l’autre : & plutôt qne de les comparerdans cette partie, st faut prendre la penséedu petit Cyrus & dire : " Mon grand-pere” est le plus grand des Medes , & mon» pere le plus beau des Perles >,. DomitiusAfer répondit à-peu-près la même choseà quelqu’un qui lui demandoit son opinionsur le mérite des deux poètes : Virgile, dit—il , est ie second , mais plus près du premierque du troisième.

Après avoir levé les yeux vers Homere& Virgile, il est inutile de les arrêter long-temps fur leurs copistes. Je passerai donclégèrement en revue Statius .& Silius Ita-liens ; l’un inégal & timide , l’autre imita-teur encore plus foible de stíliade & de l’E-néide.

Stace , ou plutôt Publius Papinius Sta-tius , vivoit sous le régné de Domitien. Iiobtînt les bonnes grâces de cet empereur ,& lui dédia la Thébaïde, poème de douzechants. Quelques louanges que lui ait don-nées Jules Scaliger , tous les gens de goûttrouvent qu’il peche du côté de l’art &du génie : fa diction, quoiqn’assez fleurie ,est très-inégale ; tantôt iî s’éleve fort haut,& tantôt il rampe â terre. C’est ce qui afait dire assez ingénieusement à un moder-ne , qu’il se représentoit sur la cime du Par-naíso, mais dans la posture d’un hommequi n’y pouvant tenir, étoit sor le pointde se précipiter. Ses vers cadencent à Pa-reille fans aller jamais au cœur. Son poèmen est ni régulier, ni proportionné, ni mê-me épique, car les fictions qui s’y trouventsentent moins le poète que l’orateur timi-de, ou l’historien méthodique. Ses fylves »recueil de petites pieces de vers sor diffé-rons sujets, plaisent davantage, parce quele style en est pur & naturel. SonAchilléideest le moindre de ses écrits, mais c’est n"ouvrage auquel il n’a point mis la derniere