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Tome vingt-sixième.
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POE

Virgile, & qne César & Pompée sont quel-quefois petits dans Lucain.

II n’y a dans son poème aucune descrip-tion brillante , comme dans Homere. Iln’a point connu, comme Virgile , l’art denarrer , & de ne rien dire de trop ; il n’a nison élégance, ni son harmonie ; mais avilivous trouvez dans la Pharsale des beautésqui ne font ni dans l’Iliade, ni dans l'E-néide. Au milieu de ses déclamations am-poulées il y a de ces pensées mâles & har-dies , de ces maximes politiques dont Cor-neille est rempli ; quelques-uns de ces dis-cours ont la majesté de ceux de Tite-Live ,& la force de Tacite. II peint comme Sa-luste ; en un mot, il est grand par-toutoù il ne veut point être poète. Une feuleligne telle que celle - ci , en parlant deCésar , nil aâum reputans , fil quidJuperejfietagendum , vaut une description poétique.

Virgile & Homere avoient fort bien faitd’amener les divinités fur la fcene. Lucaina fait tout aussi-bien de s’en passer. Jupi-ter» Junon, Mars, Vénus, étoient desembellissemens nécessaires aux actions d’E-née & d’Agamemnon. On savoir peu dechose de ces héros fabuleux ; ils étoientcomme ces vainqueurs des jeux olympi-ques que Pindare chantoit, & dont il n'a-voit presque rien à dire. II falloir qu’il sejettât sur les louanges de Castor, de Pol-iux & d'Hercule. Les foibles commence-tnens de l’empire romain avoient besoind’être relevés par Fintervention des dieux ;mais César > Pompée , Caron , Labiénusvivoient dans un autre siecle qu’Enée : lesguerres civiles de Rome étoient trop sé-rieuses pour ces jeux d’imagination. Q ue lrôle César jouerait - il dans la plaine dePharsale , fì Iris venoit lui apporter sonépée, ou fi Vénus desoendoit dans un nuaged’or à son secours ?

Ceux qui prennent les commencemenstison art pour les principes de Fart même ,font persuadés q vison poème ne sautoir sub-sister sans divinités, parce que Flliade enest pleine ; mais ces divinités sont fi peuestentíelles au poème , que le plus bel en-droit qui soit dans Lucain , & peut-êtredans aucun poète, est le discours de Caton,dans lequel ce lìoïque ennemi des fables,

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refuse d’entrér seulement dans le templede Jupiter Hammon.

Ce n’est donc point pour n’avoir pas faitusage du ministère des dieux , mais pouravoir ignoré Fart de bien conduire les af-faires des hommes , que Lucain est fi infé-rieur à Virgile. Faut-il qu’après avoirpeint César, Pornpée, Caton avec des traitsfi forts , il soit si foible quand il les faitagir ? Ce n’est presque plus qu’une gazettepleine de déclamations ; il me semble, ajouteM. de Voltaire, que je vois un portiquehardi & immense qui me conduit à desruines.

Le Trifiìn ( Jean-George ) naquit à Vicen-ce en 1478 , dans le temps que le Tasseétoit encore au berceau. Après avoir donnéla fameuse Sophonisbe » qui est la premieretragédie écrite en langue vulgaire , il exé-cuta le premier dans la même langue unpoème épique , halìa lìberata , divisé envingt-sept chants, dont le sujet est l’Italiedélivrée des Goths par Bélisaire, sous F em-pereur Justinien. Son plan est sage & biendestiné, mais la poésie du style y est très-foible. Toutefois l’ouvrage réussit, & cetteaurore du bon goût brilla pendant quel-que temps, jusqu’àce qu’ejle sot absorbéedans ]e grand jour qu’apporta le Tasse.

Le Triffin joignoit à beaucoup d’érudi-tion une grande capacité. Léon X Fem-ploya dans plus d’une affaire importante. IIsot ambassadeur auprès de Charles-Quint;mais enfin il sacrifia son ambition , & laprétendue solidité des affaires publiques àson goût pour les lettres. U étoit avec rai-son charmé des beautés qui sont dansHomere, & cependant fa grande faute estde l’avoir imité ; il en a tout pris hors legénie. II s’appuie fur Homere pour mar-cher, & tombe en voulant le suivre : ilcueille les fleurs du poème grec, mais ellesse flétrissent entre les mains de l’imitateur.II semble n’avoir copié son modelé quedans le détail des descriptions, & mêmefans images. II est très-exact â peindre leshabillemens & les meubles de ses héros ,mais il ne dit pas un mot de leurs caractè-res. Cependant il a la gloire d’avoir été lepremier moderne en Europe qui ait faitun poème épique régulier & sensé, quoi-que foible , & qui ait osé secouer le joug