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Tome vingt-sixième.
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Z 66 POE

divinités del’ancîcnneGrece, qui font aprèstout des personnages historiques, quoi-que fabuleux ; Je bon goût & le bon senspermettroient - ils de personnifier égale-mens tous les êtres que 1 imagination despoètes a enfantés ? Un génie aérien, unjeu , un ris, un plaisir , une heure , uneconstellation , tous ces êtres allégoriques& bisarres , dont on lit avec étonnementla nomenclature dans les programmes desOpéra françois , pourroient - ils paroîtrefur la scene lyrique avec autant de droit Lcde succès qu’un Bacchus , qu un Mercure,qu une Diane ? & quelles seroient les bor-nes de cette étrange licence ?.

Qa’on examine fans prévention les deuxtab eaux íuivans qui font d u même genre ;dans Fun , le poète nous montre Phedreen proie à une passion insurmontable.pour.îe fils de son époux, luttant vainement con-tre un penchant funeste, & succombantenfin , malgré elle , dans îe délire & dansdes convulsions, à un amour effréné & cou-pable que son suçcès même ne rendroit queplus criminel. Voilà le tableau de Racine.Dans l’autre, Armide, pour triompherd’un amour involontaire que fa gloire &ses intérêts désavouent également, a re-cours à son art magique. Elle évoque laHaine : à sa voix, la Haine sort de F enfer ,& paroît avec sa suite dans cet accoutre-ment bîsarre , qui est de Fériquette de l’O-péra françois. Après avoir fait danser &voltiger íes suivaus long - temps autourd Armide , après avoir fait chanter pard'autres suivans qui ne savent pas danser ,un couplet en chœur qui assure que

Plus cn connoît t amour , & plus on le

déteste ,

Et quand on veut bien s'en défendre ,

Qu on peut se garantir de ses indignes fers.

Après toutes ces cérémonies fans but, fansgoût & fans noblesse, la Haine fe met aconjurer F Amour dans les formes, sle sor-tir du cœur d’Armide , & de lui céderla place , précisément comme nos prêtresn’aguerc avaient la coutume d’exorciser lediable. Voilà le tableau de Quinault. Nousne dirons peint qu’il n’y a qu’un homme degenie qui puisse réuífir dans le premier , &çss un homme ordinaire peut fe tirer du

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second avec succès ; mais nous nous enrapporterons à la bonne foi de ceux quiont vu la représentation des deux pièces.Qu’ils nous disent si cette Haine avec faperruque de viperes , avec Ion autre pa-quet de íèrpens en fa main droite, avecses gants & ses bas rouges à coins étince-lants de paillettes d’argent, les a jamaisfait frémir de terreur ou de pitié pour Ar-mide , & fi Phedre mourante d’amour &de honte, feule dans les bras de fa vieillenourrice , ne déchiré pas tous les cœurs ?Le Destin dont la main invisible réglé lefort des mortels irrévocablement, ce Des-tin qu’aucun grand poète n’a osé tirer des té-nèbres dont il s’est enveloppé , n’est-i! pasbien autrement effrayant & terrible quece Destin à barbe blanche que le poète de1 Opéra françois nous montre si indiferet-tement, & qui nous avertit en plain-chantque toutes les puissances du ciel & de laterre lui font soumises?.

Le merveilleux visible ainsi représenté ,ssauroit-il pas banni tout l’intérèt de lascene lyrique ? Un Dieu peut étonner ; ilpeut paroître grand & redoutable ; maispeut-iî intéresser ? Comment s’y prendra-t-il pour me toucher ? Son caractère dedivinité ne rompt-il pas toute espece deliaison & cìe rapport entre lui & moi ?Que me font ses passions, ses plaintes, fajoie , foli bonheur, ses malheurs ? Supposéque sa colere ou sa bienveillance influe surle sort d’un héros , d’une illustre héroïnedu drame, lesquels ayant les mêmes affec-tions , les mêmes foibleffes , la même na-ture que moi , ont droit de m’intéresserà leur fort, quelle part pourrois-je prendreà une action où rien ne se passe en consé-quence de la nature & de la nécessité desc brise s, où la situation la plus déplorablepeut devenir en un clin d’œil , par uncoup de baguett e , par un changement devolonté soudain & imprévu , la situation laplus heureuse , & par un autre capriceredevenir funeste ? Ne seroit-ce pas là desjeux propres, tout au plus , à émouvoir desenfans ?

L'unité d’action essentielle à tout drame,& sans laquelle aucun ouvrage de Fart nesautoir plaire , ne seroit-elle pas continuel-lement blessée dans l’Opéra merveilleuxlDe*