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Tome vingt-sixième.
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ZAL POE

serré & plus décent que Plaute , plus agis-sant & plus animé que Térence. Aussi se-cond en ressorts , aussi vif dans Fexpres-íion, aussi moral qu’aucun des trois.

Le poete grecsongeoit principalement àattaquer ; c’est une sorte de satyre perpé-tuelle. Plaute tendoit sur-tout à faire rire ;il se plaisoit à amuser & à jouer le petitpeuple. Terence fi louable par son élocu-tion, n’est nullement comique ; & d ail-leurs il n’a point peint les mœurs des Ro-mains pour lesquels il travailloít. Molièrefait rire les plus austères. Il instruit toutle monde, ne fâche personne ; peint non-seulement les mœurs du siec'e , mais cellesde tous les états & de toutes les conditions.II joue la cour, le peuple & la noblesse ,les ridicules & les vices , fans que personneait un juste droit de s’en offenser.

On lui reproche de n’être pas souventheureux dans les dénouemens ; mais laperfection de cette partie est-elle aussi es-sentielle á Faction comique, sur-tout quandc’est une piece de caractère, qu’elieleílàPaction tragique ? Dans la tragédie le dé-nouement a un effet qui reflue fur toutela piece : s'il n’est point parfait , la tragé-die est manquée. Mais qu ’Harpagon avare ,cede fa maîtresse pour avoir fa cassette ,ce n’est qu’un trait d’avarice de plus , fanslequel toute la comédie ne laiiíèroit pas desubsister.

Quoi qu’il en soit, on convient géné-ralement que Molière est le meilleur poëtecomique de toutes les nations du monde,le lecteur pourra joindre à l’éloge qu’onvient d’en faire, & qui est tiré des Princi-pes de littérature, les réflexions de M. Mar-montel aux mots Comique & Comé-die.

Cependant ies meilleures pieces de Mo-lière essuierent, pendant qu’il vécut, l’a-mere critique de ses rivaux, & lui firentdes envieux de ses propres amis ; c’est Des-préaux qui nous l’apprend.

Mille de Je s beaux traits , aujourd'hui Jlvantés ,

Furent des sots esprits à nos yeux rebutés.

L ignorance ù terreur à ces naissantespieces ,

Ma habits de marquis, enrobes de comtejsesj

POE

Vetioìent pour diffamer son chef - £?’ct uvrenouveau ,

Et secondent la tête à C endroit le plus beau'.Le commandeur vouloit la scène plus exacleLe vicomte indigne fortuit au jecoud acte.

11 un défenseur relè des bigots nus en jeu ,Pour prix de jes bons mots le condamnaitau feu ;

Vautre , fougueux marquis, lui déclarant la.guerre ,

Vouloit venger la cour immolée au varterre.Maisfi-iotque d un trait de f s fatales rnainsyLa Parque t eut r ayé du nombre des humains >On reconnut íe prix de fa muse éclipsée.

Vaimable comédie avec lui terrassée ,l,a vain d'un coup fi rude espéra revenir ,Et sur ses brodequins ne put plus se tenir.

Epître vij.

En effet le Msan(rope , le Tartuffe , ( IesFemmes savantes , Y Avare, les Précieuses ri-dicules & le Bourgeois gentilhomme , font au-tant de pieces inimitables. Toutes les œu-vres de Molière ont été imprimées à Parisen 1734, en 6 volumes in- 4 0 . Mais cettebelle édition est fort susceptible d’étre per-fectionnée à plusieurs égards.

Enfin je goûte tant cet excellent poëte ,que je ne puis m’empêcher d’ajouter encoreun mot fur son aimable caractère.

Molière étoit un des plus honnêtes hom-mes de France , doux , complaisant, mo-deste & généreux. Quand Deípréaux lui lutl’endroit de sa seconde satyre , où il dit auvers 91 :

Mais un esprit sublime, en vain veut f éle-ver , &c.

" Je ne fuis pas , s’écria Molière , du» nombre de ces esprits sublimes dont vous» parlez ; mais tel que je fuis, je n’ai rien„ fait en ma vie dont je fois véritablement» content ».

J’ai dit qu’il étoit généreux , je ne ci-terai qu’un trait pour le prouver. Un pau-vre lui ayant rapporté une piece d’or qu’illui avoir donnée pat mégarde : " Où ! a» vertu va-1-elle se nicher , s’écria Molie-» re; tiens, mon ami, je te donne la piece,» & j’y joins cette seconde de même va-» leur : tu es bien digne de ce petit pre-» sent » !

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