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Tome vingt-sixième.
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que la nature a en xnême-temps organiséde maniéré à sentir les finesses dont Tortillejuge , voilà le poète né.

Ainsi le fonds du génie poétique ne peutêtre placé que dans une extrême sensibilitéde famé , associée à une vivacité extraor-dinaire d’imaginarion. Les impressions agréa-bles ou désagréables font íì fortes dans lepoète , qu'il s’y livre tout entier, fixe sonattention sur ce qui se passe au dedans delui, & donne un libre cours à T expressiondes senfimens qu'il éprouve: alors il oublietous les objets qui l’environnent, pour nes’occuper que de ceux que son imaginationlui présente , & qui semblent agir sur sessens même. II entre dans cet enthousiasmequi, suivant Tespece du sentiment qui leproduit , montre sa véhémence ou sa dou-ceur , tant par le ton de la voix que par leflux des termes.

Mais à ce vif sentiment se joint une forceextraordinaire d’imagination, dont le ca-ractère varie suivant le génie particulier dupoète. II juge de tout dsone façon qui luiest propre ; il n’apperçoit dans í’objet quece qui î'intéresse ; il découvre des rapports& des points de vue que tout autre, ou quelui-même , de, sens froid , n’auroit jamaisdécouvert.

Le récit Jes exploits que îes Grecs avoientfaits au siégé de Troie, sic fur famé d’Ho-mère de si fortes impressions, que toutson génie en fut comme embrasé. 13 dé-ploya cette force extraordinaire donc lanature avoit doué son esprit, & la consacraà dépeindre , de la maniéré la plus expres-sive , ces exploses dont il étoìt charmé : ilmonta son imagination , de maniéré qu’ellemettoit sous ses yeux les grands hommesqui s’étoient signalés dans â les^ champsTroyens ; il se transporta lui-meme dansces champs , il vit l’éclat des armes, ilentendit leur bruit > & , placé au milieude ces combats , il fut en état d’en décriretoutes les circonstances comme s’il en avoitété effectivement le témoin. 11 fe transfor-mait dans les principaux personnages ; i!étoit lui-même Achille ou Hector, tandisqu’il faisoit parler ou agir ces guerriers ; ile itroit dans les transports de leurs passions,& les exhaloit aussi vivement qu’ilsFeustentfait. Il raílòit avec facilité du parti des

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Grecs á celui des Troyens ; iî parísgêoïtleurs dangers, leurs craintes, leurs espé-rances ; il étoit en un met par-tout, iljouoit tous les rôles , & faisoit tous les per-sonnages avec un égal succès. Quand soname avoit éprouvé ces situations différen-tes , il naistòit en lui un tíélir ardent de lescommuniquer à d’autres , de les pénétrerdes mêmes scntimens dor t il étoit rempli,de les convaincre pleinement de leur im-portance : il auroît voulu rassembler toutesles tribus des Grecs , & jes jeter dans Ten-tbousiasme qui le dominoit. Ce désir étoitle principe d’une nouvelle inspiration, &il prenoit le ton d’un homme qui dit leschoses îes plus importantes , & qui les dità la nation qui a le plus d’intérét à îes en-tendre.

Ces qualités , le feu de Tlmagination , lavivacité du sentiment, & le penchant irré-sistible à mettre Ies autres dans les situa-tions où l’on fe trouve , font donc les élé-mens du génie poétique , mais quelquefoisaussi ce font des principes d'écarts & d’ex-travagances , quand ils ne font pas régléspar un jugement sain, par un discernementexact, par une force d’esprit suffisante pourse bien connoître foi - même , & les cir-constances dans lesquelles on est placé. Sansces dernieres qualités, les premières fonten pure perte ; elles deviennent plus nui-sibles qu’avantageuses. Ainsi qu’un peintreà qui la justesse du coup d’œil St le longexercice de son art, ont donné la plusgrande facilité à manier le pinceau, au fortde l’imagínation brûlante qui Fentraîne ,ne Jaistè pourtant pas échapper un traitqui blesse les réglés del’artjde même un bonpoète prête toujoursl’oreille aux conseils dela sagelíe & de îa raison , & ne permet pasà Fimagination d’étouffer leur voix. 11 esttellement accoutumé à juger sainement,& à ne dire que ce qui convient au temps& au lieu où il le dit, que la raison ne IVbandonne jamais, pas même dans le mo-ment où il ne se connok pas lui-même. L 3nature des choses est toujours son guide iil I’embellit, I’agrandit, mais ne la contre-dit jamais.

On pourroit donc dire en peu de mots ?que le grand poète est un homme d unjugement exquis & d’un goût délicat *