Band 
Tome vingt-sixième.
Seite
804
JPEG-Download
 

8o4 POP

la conservation commune exige; celui quise dispense de ces deux contributions estmauvais citoyen, c’est un membre inutile,une charge de plus pour ia société, qui, enbonne police, ne doit pas y êtresoufferte,mais les impôts doivent être dans le rapportexact des richesses du pays , & repartisdans la juste proportion des facultés parti-culières de chaque citoyen. Quand lesbesoins de Tétât excèdent ces rapports,la levée devient difficile & le mal com-mence ; quand la disproportion devienténorme, la levée devient impossible , c’estle temps des calamités publiques ; tous lesressorts font forcés, & la machine est prêteà se briser au premier choc.

Les francs trouvèrent les Gaules danscette position lorsqu’ils en firent la con-quête. », Ils reconnurent, dit M. de Bou-lainvilliers , que Texcès des tributs étoit lacause de la destruction de l’empire romain ;que Tépuisement del’argentdes provincesen rendoit la perception impossible. Larigueur des subsides en argent accabloit lespeuples fans soulager Fétat, désoloit lescampagnes, empêchoit la Culture des terres,faisoit perpétuellement flotter les hommesentre les horreurs de la faim & la non-vaieur des récoltés, 8c rendoit enfin leurcondition íi misérable, que les maladiesépidémiques étoient regardées comme unefaveur du ciel qui vouloit délivrer ses élusde la désolation générale de ce liecle. Cessubsides pécuniaires étoient au dessus, desforces de ceux à qui on les demandoit ;ilsréduisoient les peuples à vendre ce qu’ilsavoient pour s’en acquitter ; les terres neproduisoient pas assez, ou le prix de leurvente en non-valeur ne sussisoit pas. Lespeuples réduits au désespoir appeloient lesétrangers à leurs secours, se soumettoientà leur gouvernement, & se trouvoicnt plusheureux dans ce nouvel esclavage, quedans la jouissance d’une fausse liberté queles Romains leur avoient laissée

La même chose a produit bétonnantefacilité de la conquête de l’empire de Cons-tantinople par les Mahométans.

Cest donc toujours fur les facultés despeuples que doivent le régler les tributs.Si les besoins en exigeoient de plus consi-dérables , ce ue seroit plus ceux de Tétât,

POP

ce seroit des besoins particuliers : car les-besoins de Tétât ne peuvent être que ceuxdes peuples, ou plutôt ceux que leur inté-rêt a nécessités ; & les peuples ne sauroientavoir de besoins auxquels ils ne puissentfournir : qu’elles en seroient les causes ?

S’ils ne font point en état de supporterles dépenses , ils ne feront point la guerre.Ils ne formeront point Rétablissement, si ,pour les fonder, il faut prendre fur leursubsistance. Ils se contenteront de réparerles masures , & sséleveront point de super-bes édifices , s’il faut bâtir fur leurs ruines-Ils ne paieront point le vice & la mollessede cette foule de courtisans bas & fastueux ;la magnificence du trône fera le bonheurpublic, il y aura moins d’esclaves & plusde citoyens ; leurs besoins ne seront jamaisportés jissqu’à les forcer de vendre à d’au-tres le droit de les opprimer fous toutesles formes possibles, & jusque fous le nomde la jujììce ; ils ne conserveront de trou-pes que ce qui en fera nécessaire pour leursûreté & celle de leurs possessions. Pouvants’adreflêr eux-mêmes directement à la divi-nité, ils n’entretiendront point au milieude la société de grands corps paralytiquesqui consument sa substance , & ne lui ren-dent rien. Enfin ils supprimeront toutesces causes de besoins, qui, encore un coup»ne font pas ceux de Tétat. Quand les besoinsde Tétat font ceux des peuples, alors ilssuffiront aux impôts nécessaires , ils ferontmodérés, Tétat fera puissant, l’agriculcure& le commerce y fleuriront, & les hom-mes y seront nombreux, parce qu’ils crois-sent toujours en raison du bien-être dontils jouistent.

Le contraire arrivera par le contraire rsi les tributs absorbent le produit des terres& celui du travail, ou qu’il n’en reste pasassez pour assurer la subsistance du labou-reur & de Tartisan ; les champs resterontincultes, & Ton ne travaillera plus : c’est ‘ aque l’on verra des vieillards mourir fatsregret, & de jeunes gens craindre d’avoitdes ensans.Des gens qui ne peuvent comp'ter fur leur nourriture s’exposeront- i's adonner la vie à de nouveaux malheureux »qui accroîtroient leur désespoir pari im ^possibilité où ils seroient de les nourrir -Est-ce un sein desséché par la misere q