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tion de paye cjui rendroit leur subsistanceplus aisée, qui les maintiendroit dans l’exer-cice du travail, & qui soulageroit lespeuples d’un fardeau fur lequel ils gémis-sent : on dit que ces travaux courheroientles troupes & les rendroient difformes ,je ne sai íi cela est vrai ; mais apparem-ment que les Romains pouvoient êtresveltes & combattre avec la bravoure ,quoiqu’ils fustent contrefaits.
Des armées trop nombreuses occasion-nent la dépopulation , les colonies la pro-duisent aussi. Ces deux causes ont le mêmeprincipe, l’esprit de conquêtes & d’agran-diífement. II n’est jamais íi vrai que cetesprit ruine les conquérans comme ceuxqui font conquis, que dans ce qui concerneles colonies.
On a dit qu’il ne falloir songer â avoirdes manufactures que quand on n’avoitplus de friches, Lt l’on a dit vrai ; il nefaut songer à avoir des colonies quequand on a trop de peuple 6t pas astc-z d’es-pace. Depuis rétabliílement de celles quepossèdent les puistances de l’Europe, ellesn’ont cessé de se dépeupler pour les ren-dre habitées, & il en est fort peu qui lesoient j íi l’on en excepte la Pensylvaniequi eut le bonheur d’avoir un philosophepour législateur , des colons qui ne pren-nent jamais les armes, & une admi-nistration qui reçoit fans aucune dis-tinction de culte tout homme qui se sou-met aux loix. On ne nombreroit pas laquantité des hommes qui sont passés dans cesnouveaux établistemens, on compteroitfans peine ceux qui en font venus. La dif-férence des climats, celle des subsistances,les périls & les maladies du trajet, uneinfinité d’autres causes, font périr les hom-mes. Quels avantages a-t-on tiré pour lapopulation d s l’Amérique, du nombre pro-digieux de negres que l’on y transportecontinuellement de l’Afrique ? ils périssenttous ; il est triste d’avouer que c’est autantpar les traitemens odieux qu’on leur faitsouffrir, & les travaux inhumains auxquels 'on les emploie , que par le changement detempérature & de nourriture. Encore unefois, quels efforts les Espagnols n’ont-iîs pasfait pour repeupler les Indes & f Amériquequ’ils ont rendues des déserts. Ces contrées
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le sont encore, & l’Efpagne elle-mêmSl’est devenue : ses peuples vont tirer pournous i’or du fond des mines ; & ils y meu-rent. Plus !a masse de l’or fera cosidérableen Europe, plus l’Espagae fera déserte ’ rplus íe Portugal fora pauvre , plus long^temps ils restera province de f Angleterre ,fans que personne en soit vraiment plu sriche.
Par-tout où les hommes peuvent vivre,il est rare de n’y en point trouver. Quandun pays est inhabité fans que la violence &la force l’aient fait abandonner , c’estune marque à peu près certaine que leclimat ou le terrain n’eít pas favorable àl’efpece humaine. Pourquoi Texposer a ypérir par des transplantations dont la ruineparoît sûre ? les hommes font-iis fi peu dechose que l’on doive les hasarder commeon hasarde de jeunes arbres dans un terrainingrat dont la nature du sol est ignorée ?les Romains, suivant Tacite, n’envoyoienten Sardaigne que les criminels & les juifsdont ils se soudoient fort peu.
Si le pays dont on veut s’emparer estpeuplé, il appartient à ceux qui I’occupent.Pourquoi les en dépouiller ? quel droitavoient les Espagnols d’exterminer les ha-bitans d’une íì grande partie de la terre ?quel est celui que nous avons d’aller clìaíserdes nations de l’espace quelles occupentfur ce globe dont la jouissance leur est com-mune avec nous? la possession dans laquelleelles font, n’est-elle pas le premier droitde propriété & le plus incontestable ? enconnoiffons-nous qui ait un autre origine?nous la réclamerions fi l’on venoit nousravir nos possessions, & nous en dépouil-lons les autres fans scrupule.
Encore íi nous n’avions envahi que f es-pace ; mais nous avens fait épouser â ceshabitans , aux sauvages même, nos haines!nous leur avons porté quelques-uns de n°*vices , & des liqueurs spiritueuses qui l eSdétruisent jusque dans leur postérité. O noppose à ces vérités des maximes politi-ques, & l’on fait valoir fur-tout Tinterêr ducommerce ; mais ccs maximes sont-elîes Asages & ce commerce si intéressant que 1 o°parcît le penser? La Suisse qui sera certai-nement, comme je Tai dit, le gouverne-