P O P
ment le plus durable de l’Europe , est auíîìle plus peuplé & le moins négociant.
M. de Montesquieu dit que le grand Sha-abas voulant ôter auxTurcs le moyen d en-tretenir leurs armées sur la frontière, trans-porta presque tous les Arméniens hors deleur pays, qu’il envoya plus de vingt millefamilles dans la province de Guillan , quipérirent presque toutes en tres-peudetemps. Voilà l’effet que produisent-les co-lonies. Loin d’augmenter la puissance, ellesï’affoiblissent en la partageant ; il faut di-viser ses forces pour les conserver, & en-core comment défendre des conquêtes d’uncontinent à l’autre? fi elles fructifient, ilvient tôt ou tard un temps où elles secouentle joug , & se soustraient à la puissance quiies a fondées.
On ne voit pas qu’aucunes des nationsanciennes les plus peuplées eussent de sem-blables établistemens. Les Grecs, au rap-port d’Hérodote, ne connoiílôientrien au-delà des colonnes d’Hercule. Leurs colo-nies ne peuvent être appelées de ce nomcn les comparant aux nôtres; elles étoient■toutes pour ainsi dire fous les yeux de lamétropole, & à si peu de distance qu’ilfaut plutôt les regarder comme des exten-sions que comme des colonies. Les Cartha-ginois avoient découvert les côtes de l’Arné-ïioue. Ils s’apperçurent que le commercevjLi’on y faifoit dépeuploit la république, ilsle défendirent.
Ces exemples donnent du moins des pré-somptions trés-fortes contre les avantagesprétendus de ces établistemens & du com-merce qui les occasionne, mais d’ailleursne peut-on commercer avec les nations ,fans les dévaster , fans les priver de leurpays St de leur liberté? S’il en étoit ainsi,loin d’être utiles aux hommes par la com-munication qu’il met entr’eux, le com-merce scro'at de toutes leurs inventions lap'us fatale à l’humanitéJ Par fa nature ac-tuelle, il contribue certainement beaucoupa la dépopin ition. Les richesses qu’il pro-cure, en les supposant scelles, ont peut-être des effets encore plus funestes. Nousne les examinerons ici que dans le rapport■qu’ils ont avsc l’accroiísemenc ou !a dimi-nution du nombre des hommes. C’est em-■siraíffr presque leur universalité. Car quelle
POP 81 r
institution ^ quel usage, quelle coutumen’instue pas fur ces deux choses ?
On lit dans le premier tome del’ histoire dela Chine du pere Duhalde, que le troisièmeempereur de la vingt - unieme dynastiesit fermer une mined’où l’on avoir tiré despierres précieuses , ne voulant pas fatiguerses sujets a travailler pour des choses quine pouvoient ni les vêtir ni les nourrir. Ace propos, je ne puis m’empêcher de rap-porter ici un mot du sage Lock : il disoit,» qu’i! falloir toujours prêcher notre culte" aux sauvages ; que quand ils n’en appren-ds droient qu’autant qu’il en faut pour fe" couvrir le corps d’habits, ce seroit tou-" jours un grand bien pour les manufac->} sures d’Angleterre „. Une colonie estnuisible, quand elle n’augmente pas l’indus-trie & le travail de la nation qui la possède.
^Nos voyages dans les contrées éloignéesou nous allons chercher des effets à peuprès de la même efpece que des pierres lui-santes, font bien plus destructifs que n’au-roient été les travaux d’une mine. Tout cequi sépare l’homme de l’homme est con-traire a fa multiplication. Les nombreuxéquipages qu’exigenc les armemens qui fefont pour ces voyages, retranchent chaqueannée une quantité considérable d’hommesdu commerce des femmes. Une partie deces hommes périt par la longueur & les dan-gers de la route, par les fatigues & par lesmaladies. D’autres restent dans ces con-trées , & il n’arrive jamais qu’un vaisseaurentre en Europe avec autant de mondequ’il en avoir en partant ; on calcule mêmeau départ la perte qui s’en fera. Mais ce n’eíìlà que la moindre de celle que cause à l’hu-manité , l’espece de commerce à laquellenous sommes le plus attaches.
Pius le commerce fleurit dans un état,plus , dit-on,Jes hommes s’y multiplient.Cette proposition n’est pas vraie dans toutel’étendue que l’onpourroit lui donner. Leshommes ne fe font multipliés nulle part au-tant que dans la Grece , & les Grecs fai-soient peu de commerce. Ils ne le sont en-core en aucun endroit autant qu’en Suisse,& les Suisses, comme nous savons déja re-marqué , ne font point commerçans. Maisd’ailleurs plus il y a d’hommes aussi dans unétat & plus le commerce y fleurit ; il neIíkkkk a