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Exposition du systême du monde / par P. S. Laplace
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DU SYSTEME DU MONDE. 9 5

CHAPITRE PREMIER.

Du mouvement de rotation de la terre.

En réfléchissant sur le mouvement diurne auquel tous les corpscélestes sont assujétis ; on reconnoît évidemment l’existence d’unecause générale qui les entraîne, ou quiparoît les entraîner autourde l’axe du monde. Si l’on considère que ces corps sont isolés entreeux, et placés à des distances très-différentes, de la terre; que lesoleil et les étoiles en sont beaucoup plus éloignés que la lune,et que les variations des diamètres apparens des planètes, indiquentde grands cliangemens dans leurs distances; enfin, que les comètestraversent librement le ciel dans tous les sens ; il sera difficile deconcevoir qu’une même cause imprime à tous ces corps, un mou-vement commun de rotation. Mais les astres se présentant à nousde la même manière, soit que le ciel les entraîne autour de la terresupposée immobile, soit que la terre tourne en sens contraire, surelle-même ; il paroît beaucoup plus naturel d’admettre ce derniermouvement, et de regarder celui du ciel, comme une apparence.

La terre est un globe dont le rayon n’est pas de sept millions demètres : le soleil est, comme on l’a vu, incomparablement plus gros :si son centre coïncidoit avec celui de la terre, son volume embras-seroit l’orbe de la lune, et s’étendroit une fois plus loin, d’oùl’on peut juger de son immense grandeur; il est d’ailleurs, éloignéde nous, d’environ vingt-trois mille rayons terrestres. N’est-il pasinfiniment plus simple de supposer au globe que nous habitons,un mouvement de rotation sur lui-même, que d’imaginer dans unemasse aussi considérable et aussi distante que le soleil, le mouve-ment extrêmement rapide qui lui seroit nécessaire pour tournerdans un jour, autour de la terre? Quelle force immense ne fau-droit-il pas alors pour le contenir, et balancer sa force centrifuge?