LZZ R I M
çois , prirent saveur, & ne s’éclipserentqu'avec la barbarie au lever de cette !u-nuere , dont le crépuscule parut dans lexv. lìecle.
O.i a trouvé la rime établi'e dans l’Asie&; dans l’Amérique. Il y a dans Monta-gne une chanson en rimes américaines tra-duite en français. On lit dans le jpeÛa-teur la traduction angioise d’une ode la-ponne qui étoit rimée , mais la plupartde ces peuples rimeurs font barbares ; 8cles peuples rimeurs qui ne le lont plus,iialiens , francois , anglois , espagnols ,& qui font des nations polies , étoientdes barbares & presque sans lettres lors-que leur poésie s’est formée. Les languesqu’ils parloient n’étoienc pas susceptiblesd’une poésie plus parfaite , lorsque cespeuples ont pose , pour ainsi dire , lespremiers fondemens de leur poétique. 11est vrai que les nations européennes, dontje parle, font devenues dans la fuite sa-vantes & lettrées ; mais comme leurs lan-gues avoienc déja ses usages établis & for-tifiés par le tems, quand ces nations ontcultivé l’étude judicieuse de la langue gre-que & de la latine , elles ont bien poli& rectifié ces usages, mais elles n’ont pules changer entièrement.
Les Qrecs & les Latins, qttibtis déditere rotundo musa loquì , formèrent unelangue , dont toutes les syllabes pou-voienr, par leur longueur ou leur briè-veté , exprimer les sentimens lents ouimpétueux de i’ame. De cette variété desyllabes & d’intonations résultoit dansleurs vers, & même austì dans leur pro-se , une harmoftie qu’aucune nation n’apu saisir après eux. Du mélange de leurssyllabes longues & breves, suivant la pro-portion prescrite par sart, résulte tou-jours une cadence , telle que l’espece dontfont leurs vers la demande.
L’agrément de la rime n’est pas à com-parer avec l’agrément du nombre & del’harmonie. Une syllabe terminée par uncertain son n’est point une beauté parelle-même; la beauté de la rhne n’estqu’une beauté de rapport , qui consistedans une conformité de defìnances entrele dernier mot d’un vers & le dernierpayt du vers réciproque. On n’entrevoit
R I M
donc cette beauté qui paíle si vite qu’aubout de deux vers , & après 1 avoir en-tendu le dernier mot du second vers quirnne au premier. On ne sent même sa-gement de la rime qu’au bout de trois &de quatre vers, lorsque les rimes mascu-lines & féminines four entrelacées , demaniéré que la premsere & la quatrièmesoient masculines , & la seconde & îatroisième féminines ; mélange fort en usagedans plusieurs especes de poésie.
Le rhythme & l’harmonie font une lu-mière qui luit toujours , &: la rime n’estqu’un éclair qui disparaît après avoir jettéquelque lueur ; auíìi la rime la plus richene fait - elle qu’un ester bien passager :c’est la réglé de la poésie dont Pobserva-tron coûte le plus, & qui jette le moinsde beauté dans les vers ; pour une penséeheureuse que l’ardeur de rimtr richement:peut faire rencontrer par hasard , elle enfait certainement employer tous les jourscent autres dont on aurait dédaigné de seservir , sans la richesse ou la nouveautéde la rime que ces pensées amenent. An’estimer le mérite des vers que par lesdifficultés qu’il faut surmonter pour lesfaire , i! est moins difficile fans compa-raison de rimer richement, que de com-poser des vers nombreux & remplis d’har-monie. Rien n’aide un poste francois àvaincre cette derniere difficulté que songénie , son oreille & sa persévérance. Au-cune méthode réduite en art ne vient àson secours. Les difficultés ne se présen-tent pas si souvent quand on ne veut querimer richement ; & l’on s’aide encorepour les surmontes d’un dictionnaire dyrimes , le livre favori des rimeurs séveres,& qu’iîs ont tous , quoi qu’ils en disent,dans leur arriere-cabinet.
Mais enfin tel est l’état des choses, quela rime est absolument nécessaire à la poé-sie srançoise ; il n’a pas été possible dechanger fa premiere conformation , quiavoir son fondement dans la nature & legénie de notre langue. Toutes les tenta-tives que quelques poètes savans ont fai-tes pour la bannir , & pour introduire l'li-stage des vers mesurés à la maniéré desGrecs & des Romains, n’ont pas eu lemoindre succès. Corneille & Racinç oryj