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Tome vingt-neuvième.
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employé la rime ; & je crains que íi nousvoulions ouvrir une autre carrière , ceí'eroit plutôt dans I’impuissance de mar-cher dans la route de ces beaux génies,que par le désir raisonnable de la nou-veauté. Les Italiens & les Anglois pour-roient mieux que nous se passer de rimer ,parce que leurs langues ont des inversions,& leur poésie mille libertés qui nous man-quent. Chaque langue a son génie parti-culier ; celui de la nôtre est la clarté, laprécision & la délicatesse. Nous ne per-mettons nulle licence à notre poésie , quidoit marcher comme notre proie dansTordre timide de nos idées. Nous avonsdonc un besoin essentiel du retour desmêmes sons, pour que notre poésie nesoit pas confondue avec la prose. Toutle monde connoît ces beaux vers deRacine :

Ou me cacher ? Fuyons dans la nuit imfernale !

Mais, que dis-je? Mon pere y tient Vurne fatale :

Le fort, dit-on , Va mise en ses féveres mains ;

Mìnos juge aux enfers tous les pâles humains.

Mettez à leur place ,

Ou me cacher ? Fuyons dans la nuit infernale !

Mais , que dis-je ? Mon ocre y tient Vurne funeste :

Le fort , dit-on , Va mise en ses féveres mains ,

Mìnos juge aux enjers tous les pâles mortels.

Quelque poétique que soit ce morceau ,dit M. de Voltaire, fera-t-il le mêmeplaisir dépouillé de Tagiément de la rime ?Les Anglois & les Italiens diroient éga-lement comme les Grecs & les Romains ,les skies humains , Minos aux enfers juge ,& enjamberoient avec grâce fur i’aucrevers ; la maniéré même de réciter en ita-lien & en anglois fait sentir des syllabeslongues & breves, qui soutiennent encore1 harmonie sans besoin de rimes. Nous quin’avons aucun de ces avantages , pour-quoi voudrions-nous abandonner les seulsque la nature de notre langue nous laisse ?i Je fais bien que la rime feule ne faitni le mérite du poète , ni le plaisir dulecteur. Ce ne font point seulement lesdactyles & les spondées qui plaisent dansVirgile & dansHomere. Ce qui enchantetoute la terre, c’est l’harmonie qui naîtde cette mesure difficile. Quiconque seborne à vaincre une difficulté pour le mé-rite seul de la vaincre, est un fou; mais

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celui qui tire du fond de ces obstaclesmêmes des beautés qui plaisent â tout lemonde , est un homme fort sage & pres-que unique. II est très-difficile de fairede beaux tableaux, de belles statues 5 , debonne musique , de bons vers , &c. AustIles noms des hommes supérieurs qui ontvaincu ces obstacles dureront-i-s peut-êtrebeaucoup plus que les royaumes où ilsfont nés. M. de la Mothe nioic la né-cessité de la rime dans notre langue &l’harmonie des vers ; M. de la Faye luienvoyant pour réponse des vers harmo-nieux , prit un bon parti ; il se conduisitcomme le philosophe, qui, pour répon-dre à un sophiste qui nioit le mouve-ment , se contenta de marcher en sa pré-sence.

11 ne me reste plus que deux choses ;i°. à donner des principes généraux furla rime ; 2-°. à indiquer les noms des rimesbarbares imaginées par nos ayeux.

On n’admet point pour la rime unefeule lettre , quoiqu’elle fasse une sylla-be ; ainsi 1 es mots joués & liés ne rimentpoint ensemble. II y a des mots qui finis-sant par différentes lettres, peuvent taireune bonne tinte , lorsque ces lettres ren-dent le même son , comme dans les motssang & flanc , nous & doux.

On a proscrit la rime du simple avecson composé , lorsque l’un & l’autre sontemployés dans leur signification naturelle;ainsi ordre & désordre ne riment pas en-semble , mais front & affront riment bien.Un mot peut rimer avec lui-même lorf-qu’il y a deux sens différons; ainsi paspajfus rime avec pas , qui est une parti-cule négative. Dans les pjeces régulières ,on ne doit pas mettre de fuite plus dedeux rimes féminines. Les livres les pluscommuns vous apprendront le reste. Ainsije pastè à l’explication des noms de rimesinventées par nos anciens poètes, la rimeannexée, bâtelée , brisée , couronnée ,empériere , enchaînée , équivoque , sra-ternisée , kirielle , rétrogradé, sénée, &c.& tout sera dit.

Car altérés & avantages de la Rime.

La rime est la consonnance des finalesdes vers. Certe consonnance doit être sen-sible à Toreille ; jl faut pour cela qu’eîle