Band 
Tome vingt-neuvième.
Seite
240
JPEG-Download
 

2>4>o R I M

lombe sur des syllabes sonores ; & si lesvers finissent par une muette , la rimeuoit être double ; c’est-à-dire que la pé-nultième & la finale doivent être con-lonnantes. Quoique dans les finales desmots, les consonnes qui suivent la voyellene le fassent presque jamais sentir , ce-pendant , pour rimer à l’ceil en mêmeiems qu’à l’oreille , on veut que lesdeux finales présentent les mêmes carac-tères , ou des caractères équivalens : parexemple, sultan ne riment point avecinstant ; instant & attend riment en-semble.

On appelle rime masculine , celle desmots dont la finale est une syllabe pleineH sonore ; & féminine , celle dont la fi-nale est une syllabe muette. Dans la pre-mière , il suffit que les finales soient con-formantes ; dans la seconde, la conson-rtance doit commencer à la pénultième:revers & pervers riment ensemble ; source6c force ne rimeroient pas, quoique la finale muette soit la même ; mais bienjource & course, exerce & diverse.

On appelle rime pleine, celle où non-seuiement le son , mais l’articulation estla même : comme vertu ôc abattu , e'tude£c solitude. On appelle rime suffisante ,celle qui n’eft que dans le son , & nonclans l’articulation , comme vertu & vain-cu , timide & rapide. Quand la rime qu’onemploie est très-abondante , comme celledes mots en ant , on regarde comme unenégligence la rime qui n’est que dans leLon Ôc qui n’est pas dans la consonne :?ussi voit - on peu d’exemples dans lesbons poètes du tems de Boileau 6c deiîacine , de rimes anffi négligées que celleflamant &. d 'inconstant. Si toutefois il yA deux consonnes qui précédent la voyellecomme dans la finale de surprend , c’estOíez pour l’oreille que la seconde de cesconsonnes soit la même : ainsi ce motsurprend rimera três-bi.en avec grand. Lat me est double , lorsque non-feulementJa finale sonore, mais la pénultième ab même son , comme attirer , respirer.}..a rime est simple , lorsqu’elle n’est que^ians la finale , comme diste'rer , respirer,ì lie est c-n même tems pleine & double ,j’axpçulûríon & le. son des deux

R I M

syllabes font les mêmes , comme préfé-rer , différer. Du masculin au féminin , ladifférence ne consiste que dans l’additionde la finale muette ; & Parriculation decelle-ci doit être la même dans les deuxmots : escorte & discorde ne riment point,parce que l’articulation de la muette estdifférente.

Deux syllabes ont le même son & lamême articulation, quoiqu’elles ne Ré-crivent pas de même : c’est ainsi que ri-vaux & nouveaux , essais & succès ri-ment très-bien ensemble. Mais on exigeque les dernieres syllabes se terminentpar les mêmes lettres ou par leur équi-valent , comme je l’ai dit, quoique dansla prononciation on ne les faste pas en-tendre. Si l’un des deux mots, par exem-ple , est terminé par un t ou par une s ,le second mot finira de même ou par sé-quivalent : ainsi prétend rimera très-bienavec instant, accord avec reffort , loixavec bois , glace's avec assez.

A plus forte raison, lorsque la consonnefinale se fait entendre, doit—elle être àla fin des deux mots, sinon la même pourles yeux , du moins la même pour lesoreilles : sang ne rimera point avec inno-cent , mais avec flanc , dont le c final a lemême son que le g.

On s’est permis quelquefois des rimesque l’ceil ou l’oreille désavoue : par exem-ple , celle d ’encor avec fort , celle de meravec aimer , de remords avec mort ; cellede toucher avec cher, celle de fiers avecfoyers , &c. Parmi ces licences les plususitées font les rimes de guerre avec pere ,de couronne & de trône , de travaux & derepos. La dissonance des deux premieresest cependant très-scnsible ; & quant à laderniere, une oreille un peu délicate s’ap-perçoit aisément de la différence du sonde IV clair & bref de repos , & du son deIV plus grave , plus sourd & plus long detravaux. 11 n’y a point de voyelle qui nesoit de même, tantôt plus claire 6c plusbreve , tantôt plus grave & plus longue ;mais dans les sons de Va , de Pi, de Vu ,de Vou , &c. cette différence n’est pas austìfrappante que dans les sons de IV & dansles sons do IV : austì ne fait-on pas de dif-ficulté fur U rime d 'âge Sc de sage , á’iste