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Tome vingt-neuvième.
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& de fertile , de gîte St d 'agite, de chute& d ‘‘exe'cute , de coûte St de redoute , &c.II n’en est pas de même de trompette St detempête , de terre St de myftere , d 'homme& d'atome. de po/e & de boujfole, dontla rime ne fera jamais qu’une licence.

Peut-on ne pas regarder le travail bi-garre de rimer , nous dit l’abbé Dubos ,comme la plus baffe des foncions de la mé-chanique de la poe'fie ? Que n’a-t-il dit lamême chose de la mesure St du rhythmedes vers d’Homere St de Virgile , & deces constructions si soigneusement travail-lées qui occupoient Démosthene, Platon ,Thucydide & Xénophon, chez les Grecs ;Cicéron, Tite-Live St Saluste chez lesLatins, & qui les occupoient auísi sérieu-sement que la recherche & l'enchaîne-ment des pensées ? Ce méchanisme de laparole doit paroître bas St puérile à unobservateur austere qui ne compte pourrien le charme de l’expreffion. Mais pourl’homme doué d’un organe sensible Scd’un goût délicat, cette méchanique a sonprix.

Entre le travail qu’exige la rime , Stcelui qu’exige la construction du vers me-suré ou de la période harmonieuse , ladifférence ne peut être que dans le plusou le moins de plaisir qui en résulte. IIíajloit donc examiner d’abord si la rimefàisoit plaisir, St un plaisir assez sensiblepour mériter la peine qu’elle donne.

La rime peut causer trois fortes de plai-sirs , l’un est relatif à l’organe, c'est lelentiment de la consonnance ; & ce plai-sir , je l’avoue, est factice : il ressemblea l’usage de certaines odeurs qui ne plai-sent pas , qui déplaisent même à ceux quin y font pas accoutumés, & qui devien-nent une jouissance & un besoin par l’ha-bitude. 11 y auroit peu de bon sens àraisonner cette espece de plaisir , & à ledisputer à ceux qui en jouissent. II s’agitseulement de savoir s’il est réel St s’ilest sensible ; dès - lors naturel ou facticec’est un plaisir de plus , & il ne sauroittrop y en avoir dans la nature & dansles arts.

La rime n’intéresse pas seulement l’o-reille , elle soulage , elle aide la mémoi -re ; & si c’est un plaisir pour l’esprit de seTome XXIX.

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retracer fidèlement St sans peine les idéesqui lui font cheres , tout ce qui rend lé-ger Se facile ce travail de la réminiscence ,doit être un agrément de plus. Or il estcertain que la rime donne à la mémoiredes signaux plus marqués pour retrouverla trace des idées. Par ce rapport de con-sonnances , un mot en rappelle un autre ;St tel vers nous auroit échappé , qui , parcette extrémité que l'on tient encore, feraretiré de l’oubli.

La rime est enfin un plaisir pour l’es-prit , par la surprise qu’elle cause ; St lors-que la difficulté heureusement vaincue n’asait que donner plus de saillie & de vi-vacité , plus de grâce ou plus d’énergie àl’expreffion & à la pensée, soit par la sin-gularité ingénieuse du mot que la rime atait naître , soit par le tour adroit, Scpourtant naturel, qu’elle a fait prendre àl’expreffion, soit par l’image nouvelle Scjuste qu’elle a présentée à l’esprit, la sur-prise qui naît de ces hasards réservés autalent, où la recherche est déguisée sousl’apparence de la rencontre , cette sur-prise mêlée de joie , est un plaisir à cha-que instant nouveau, pour qui connoîtl’indocilité de la langue Sc les difficultésde sart.

Ce plaisir est d’autant plus vif, que larime paraît à la fois plus rare Sc plus heu-reusement trouvée. Dans la langue ita-lienne où les consonnances ne font quetrop fréquentes , la rime doit causer peude surprise : elle est si commune , qu’enimprovisant on la rencontre à chaque pas ;Sc dans la contexture du vers , commedans celle de la prose , les Italiens oncplus de peine à fuir la rime qu’à la cher-cher.

Elle est plus clair-semée dans la lan-gue Françoise, grâce à la variété de nosdésinences ; auffi y a-t-il, s’il m’est permisde comparer le poète au chasseur, plusde bonheur à la découvrir , Sc plus d’a-dresse à l’attraper. Ce plaisir est réelle-ment pour le spectateur semblable à ce-lui de la chasse ; Sc en suivant la com-paraison , on verra que dans l’une Sc l’au-tre la sagacité dans la recherche , l"in-quiétude dans I’attente , la surprise dansla rencontre, l’adresse Sc la célérité ìì

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