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tirer juste & comme à la course , sontune suite continuelle & rapide d’agréa-bles émotions.
Un autre avantage que la mérne com-paraison fera sentir en saveur de la rime ,c’est de donner à Pesprit, à Pimagination& au sentiment plus d’ardeur & d’acti-vité par l’aiguillon de la difficulté , qui àchaque instant les preste & les anime.I.'esprit humain est naturellement porté àl’indolence , & en écrivant en prose,rien de plus difficile que de ne pas se lais-ser aller à une indulgence paresseuse,aux négligences qu’elle autorise ; au lieudu moins qu’en écrivant en vers , & envers rimés, la difficulté renaissante ré-veille à tout moment l’attention prête àse ralentir, & la tient, fi j’ose le dire ,en haleine. Tout le monde connoît lesvers de la Faye où la gêne du vers estcomparée à ces canaux qui rendent leseaux jailiislàntes ; seroit-il permis d’ajou-ter que la rime , à la fin du vers, estcomme l'extrémíté plus étroite encore dutuyau d'où les eaux jaillissent? C’est uneattention curieuse à donner à la lecturedes bons poètes , que de voir combiend’images nouvelles , de tours originaux,d’exprestìons de génie , de pensées qu’ilsn’auroient pas eues fans la contrainte dela rime , leur ont été données par elle ;& combien d’heureuses rencontres ils ontfaites en la cherchant.
Mais comme c’est en même tems à ladifficulté de la rime , & à l’aisance aveclaquelle on a vaincu cette difficulté , quele plaisir de la surprise est attaché , ilsuit de-là que si la rime est trop commu-ne, si les mots consonnans ont trop d’a-nalogie & sont trop voisins l’un de I’au-tre dans la pensée, comme le simple &le composé , ou comme deux épithetes à-peu-près synonymes, la rime n’a plus soneffet. De même si elle est trop singulière,tirée de trop loin , trop péniblement re-cherchée, l’effort s’y fait sentir , & l’idéede bonheur & d’adrefíe s’évanouit. Boi-leau appelloit rime de bouts rimés celle deSphinx & de Sirinx , & le reprochent àla Motte. L’esclave qui traîne sa chaînene nous cause aucune surprise ; mais s’iljo.y.ç qvec ses liens il nous étonne, & en-
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core plus si , par la grâce & la dextéritéavec laquelle il en déguise & la gêne &le poids, il s’en fait comme un orne-ment.
On regarde comme un tour de forced’employer des rimes bizarres, & cela estpermis dans un poème badin , comme leconte & Pépigramme ; mais dans le vrai,rien n’est plus facile , & rien ne seroit deplus mauvais goût dans un poème sérieux.De cent personnes qui remplissent passa-blement des bouts rimés hétéroclites , iln’y en a quelquefois pas une en état defaire quatre vers élégans. L'extrême diffi-culté dans l’emploi de la rime , est de larendre à la fois heureuse & naturelle ,imprévue & facile au point qu’elle pa-roisse avoir obéi au poète, comme le che-val d’Alexandre , que lui seul avoit pudompter. On sent que ce mérite exclutégalement la r'me triviale & la rime for-cée : Racine est en cela le premier mo-delé de Part.
Observons cependant qu'à mesure qu’unpoème 2, par son caractère , plus de beau-tés supérieures, plus de grandeur & d’in-térêt, le foible mérite de la rime y de-vient plus frivole & moins digne d’atten-tion. II est encore de quelque conséquencedans la partie descriptive de l’épopée , oùla tranquille majesté du récit laisse ap-percevoir à loisir tous les agrémens acces-soires du style ; mais dès que la passions’empare de la scene , soit dramatique ,soit épique, Pharmonie elle-même est àpeine sensible ; le vers se brise , les nom-bres se confondent, la rime frappe en vainPoreille , Pesprit n’en est plus occupé..De-là vient que dans plusieurs de nos plu*belles tragédies, c’est la partie la plus né-gligée , & personne encore ne s’est aviséen sanglotant & en. versant des larmes,de critiquer deux vers sublimes , pourêtre rimés foiblement. ( M. MarmoD~tel. )
Rime annexée , cette rime dont on,volt des exemples dans les premiers poè-tes srançois, consistoit à commencer un,vers par la derniere syllabe du vers pré°->.cèdent ; exemple :
Dieu gardé ma maîtresse & régente ,
Çente de cœur 6 * de façon;