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Tome vingt-neuvième.
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R I M

Son cœur tient le mien en sa tente ,tant & plus d.'un. ardent frisson.

Rime bátelée , c’est le nom qu’on don-ïioit autrefois au vers dont la fin rimoitavec le repos du vers suivant ; exemple :

Quand Neptune , puissant Dieu de la mer ,

Cessa d’armer Caraques & Gaides.

Rime brisée , cette rime pratiquée au-trefois , consistoit à construire des versde façon que les repos des vers rimassententr’eux , & qu’en les brisant ils fissentd’autres vers ; exemple :

De cœur parfait , chasse{ toute douleur ;

Soyei soigneux ; riusz de nulle feinte ;

Sans vilain fait entretenez douceur ;

Vaillant & preux , abandonne\ la feinte.

en brisant ces vers on lit :

De cœur parfaitSoyc\ soigneux ;

Sans vilain faitVaillant & preux ;

Chajsei toute douleur,ttusei de nulle feinte JEntretenez douceur,

Abandonnez la feinte.

RíME couronnée , la rime étoit cou-ronnée , lorsqu’elle se présentoir deux foisâ la fin de chaque vers ; exemple :

Ma blanche Colombelle , belle,

Souvent je vais priant , criant ;

Mais dessous la cordelle , cCelle ,

Me jette un uil friand , riant.

RíME emperìere , c’étoit le nom decelle qui au bout du vers frappoit l’o-reille jusqu’à trois fois.

Bénins leCleurs, trls-dilìgens, gens, gens,

Prenez en gré mes imparfaits, faits , faits.

Rime enchaînée ) c’est celle qui con-fisse à reprendre le dernier mot du versprécédent, pour en former le premier duvers suivant. Ce goût barbare en Poésiepassoit pour un art très - ingénieux. Onpeut juger du mérite de ce genre d’es-prit, autrefois si fêté , par l’exemple sui-vant , tiré des bigarrures du sieur desAccords :

Pour dire au tenu qui court ,

Cour est un périlleux passage ;

Pas sage ries qui va en cour ;

Cour est son bien & avantage ;

Rage est fa paix ; pleurs fes foulas ;

Las ! c est un tr'es-piteux ménage ,

Nage autre part pour tes ébats.

Cette rime est la même que la rimeannexée ou fraternisée.

R I M 2.4.Z

Rime équivoque. Nos anciens poètesfrançois se servoient quelquefois d’unemaniéré de rime qrfon appelle rime équi -*vaque , dans laquelle la derniere syllabede chaque vers est reprise en une autresignification, au commencement ou à lafin du vers qui fuit. Richelet en rap-porte í’exemple suivant :

En triébattant je fais rondeaux en rime,

Et en rimant bien souvent je nìenrime ,

Bref, c'est pitié entre nous rimailleurs,

Car vous trouvez asse[ de rime ailleurs ;

Et quand vous plaît, mieux que moi rimassez ,Des biens avc{, & de la rime assez, &c.

Marot est fauteur de ces vers bizarres ;c’étoit-là une gentillesse du goût de sonsiecle. Nous avons de la peine à conce-voir aujourd’hui quel sol on pouvoir trou-ver dans des productions si plates.

Ride fraternises , cette rime qui a biendu rapport avec la rime annexée , si ellen’est la même chose , consistoit , suivantnos anciens poètes, à répéter en entier ,ou en partie, le dernier mot d’un versau commencement du vers suivant ;exemple .-

Mets voiles au vent, cingle vers nous, CarcnjCar on t'attend, Sec.

Rime kirielle , elle consiste à ter-miner chaque couplet d’un petit poèmepar un méme vers :

Qui voudra savoir la pratiqueDe cette rime juridique,

Saura que bien mise en effet ,

La kirielle ainfi se faitDe plates, de syllabes huit ;

Use\-en donc fi bien vous duit,

Pottr faire le couplet parfait,

La kirielle ainfi fe fait.

On voit bien que cet exemple se ressentde l’origine barbare de la kirielle ; maiánous ne manquons pas de couplets dechansons ou elle est mise avec esprit.

Rime rétrograde , sous Charles VIIL& Louis XII. les poètes avoient mis lesrimes rétrogrades en vogue ; c’étoit lenom qu’on avoir donné aux vers, lorsi-qu’en les lisant à rebours, on y trouvoicencore la mesure & la rime , comme dansceux-ci; exemple:

Triomphamment cherchez honneurs & prix ,Désolez, cœurs médians, infortunésTerriblement êtes mocquez & pris.

H h z