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Tome vingt-neuvième.
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ROM

ch! l’académicien Carncade , le stoïcienBiogène, & le péripatéticien Critolaiisviennent solliciter au sénat la remue dela somme d’argent à laquelle leurs com-patriotes avoient été condamnés pour ledégât de la ville d’Orope. Publius Sci-pion , Naíica & Marias Marcellus étoientalors consuls, & Aulus-Albinus exerçoitla préture.

Ce fut un événement que Papparitiondans Rome des trois philosophes d’Athenes.On accourut pour les entendre. On dis-tingua dans la foule, Lelius , Furius &Scipion , celui qui fut dans la fuite sur-nommé Y Africain. La lumière alloit pren-dre , lorsque Caton l’ancien, homme su-perstitieusement attaché à la groffiéreté despremiers teins, & en qui les infirmitésde la vieillesse augmentoient encore unemauvaise humeur naturelle , pressa la con-clusion de l'affaire d’Orope, & fit con-gédier les ambassadeurs.

On enjoignit peu de tems après aupréteur Pomponius, de veiller à ce qu’iln’y eût , ni école , ni philosophe dansRome , & l’on publia contre les rhéteursce fameux décret qu’Aulugelle nous aconservé ; il est conçu en ces termes : Surla dénonciation qui nous a été faite, qu’ily avoit parmi nous des hommes qui ac-créditoient un nouveau genre de discipline,qu’ils tenoient des écoles où la jeunesseRomaine s’assembloit, qu’ils se donnoientle titre de rhéteurs latins, & que nosenfans perdoient le tems à les entendre ,nous avons pensé que nos ancêtres ins-truisoient eux-mêmes leurs enfans & qu’ilsavoient pourvû aux écoles , où ils avoientjugé convenable qu’on les enseignât ; queces nouveaux étabîissemens étoient contreles mœurs & les usages des premiers tems ;qu’ils étoient mauvais & qu’ils dévoientnous déplaire ; en conséquence nous avonsconclu à ce qu’il fût déclaré , & à ceuxqui tenoient ces écoles nouvelles, & àceux qui s’y rendent, qu’ils faifoient unechose qui nous déplaifoit.

Ceux qui souscrivirent à ce décret étoientbien éloignés de soupçonner qu’un jourles ouvrages de Cicéron , le poème deLucrèce, les comédies de Plante & deTérence, les vers d’Horace & de Virgile,

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les élégies de Tibulle, les madrigaux daCatulle , l’histoire de Saluste » de Tite-Live & de Tacite , les fables de Phèdre ,feroient plus d’honneur au nom romainque toutes fcs conquêtes , & que la pos-térité ne pourroit arracher ses yeux rem-plis d’admiration de dessus les pages sacréesde ses auteurs, tandis qu’elle les de'tour-rieroit avec horreur de Pinscriptiou dePompée , âpres avoir égorgé trois millionsd'hommes. Que reíse-t-il de toute cetteénorme grandeur de Rome ? La mémoirede quelques actions vertueuses, 6c quel-ques lignes d’une écriture immortelle, pourdistraire d’une longue fuite d’atrocités.

L’éloquence pouvoictout dans Athènes.Les hommes rustiques & grossiers quicommandoient dans Rome, craignirentque bientôt elle n’y exerçât le même des-potisme. II leur étoit bien plus facile dechasser les Philosophes, que de le deve-nir. Mais la premiere impression étoitfaite , & ce fut inutilement que l’on re-nouvella quelquefois le décret de pros-cription. La jeunesse se porta avec d’au-tant plus de fureur à l’étude, qu’elle étoitdéfendue. Les tems montrèrent que Ca-ton & les peres conscripts qui avoientopiné après lui , avoient manqué double-ment de jugement. Ils passerent ; & lesjeunes gens qui s’étoient instruits secrè-tement , leur succédèrent aux premieresfonctions de la république , & furent desprotecteurs déclarés de la science. La con-quête de la Grece acheva l’ouvrage. LesRomains devinrent les disciples de ceuxdont ils s’étoient rendus les maîtres parla force des armes , & ils rapportèrentfur leurs fronts le laurier de Bellone en-trelacé de celui d’Apollon. Alexandremettoit Homere fous son oreiller ; Scipiony mit Xénophon. Ils goûtèrent particu-lièrement Paustérité stoïcienne. Ils con-nurent successivement l’Epicuréisme , !ePlatonisme , le Pythagorisrne , le Cynis-me , l’Aristotélisme, & la Philosophieeut des sectateurs parmi les grands, parmiles citoyens , dans la claslè des affranchis& des esclaves.

Lucullus s’attacha à I’académie ancienne.II recueillit un grand nombre de livres ;il en forma une bibliothèque très-richç 5