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Tome trentième.
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dans l’Iliade ; & c’est dans le pays où IUlyíïè a voyagé , & où Hemere a chantéque l’Odylìce a des charmes raviffans.

Julie , hile d’Auguste , traversant leScamandre , pensa être submergée par leseaux de cette riviere , que le concoursde pluíieurs torrens avoit grosse tout-a-coup. Elle fit un crime aux habitans d’I-liunt de ne lui avoir point envoyé de gui-des ; & elle ne les avoit pas feulementaverti de Ion passage. Agrippa , mari deJulie , parut fort sensible à ce péril, &condamna les pauvres habitans à uneamende de cent mille drachmes , qu’ileut bien de la peine à leur remettre. Jene crois point que son amitié pour Juliefut la vraie cause de sa colere , car iln’avoit pas une grande estime pour elle ,mais la politique fut le vrai ressort de faconduite, ii se fâcha, soit pour faire croireà Auguste , qu’il prenoit vivement à cœurles intérêts de Julie , soit pour maintenirJon crédit.

11 n’est point libre à un sujet marié avecJa fille de son souverain , de négliger lapunition de ceux qui manquent à sonépouse ; quelque gré qu’il leur en sachedans le tlnd du cœur, il faut qu’il fasseparoitre son mécontentement. Voilà laraison qui l’engagea à se rétracter avecpeine de l’injuíhce de sor. amende ; il futravi qu’Auguste fût instruit de son zele.

On prétend que les eaux du Scamandre.avoient la propriété de rendre blonds lescheveux des femmes qui s’y baignoient ;& que les femmes Troyennes’ie préva-loient de cette prérogative qui valut à cefleuve le nom de Xanthus su rapportde Pline , liv. //. ch. cûj. On ajoutemême que les trois déesses ? avant quejde fe présenter à Paris pòur être jugéesfur le-t beauté , vinrent fe laver dans cefleuve , qui rendit leurs cheveux blonds.

Mais ce qu’il y a de certain,c’est que lesfilles de Phrygie dès qu’elles étoient fian-cées, alloient offrir ieur virginité au Sca-mandre. Eschine nous en a fait le récit, ennous racontant i’aventure qni.l’obligea dequitter la Phrygie avec Limon , son com-pagnon de voyage. II faut l'entendre lui—'Brême.

C’est , dic-il f une coutume dans la i

S c A.

! Troade , qu’à certains jours de l’année ,Jes jeunes filles prêtes à se marier, ail-lent se baigner dans le Scamandre , &qu elles y prononcent ces paroles qui fontcomme consacrées à la fête: ^Scamandre ,je t’offie ma virginité ".

Parmi les jeunes personnes qui s’ac—quittèrent de ce devoir , lorsque nousvîmes cette cérémonie singulière , il y enavoit une nommée Callirhoë , bien faite ,& d’une famille illustre. Nous étions , Li-mon & moi , avec les païens de ces jeunesfilles, & nous les regardions de loin fi»baigner , autant qu’il nous étoit permis ànous autres étrangers.

L’adroit Limon désespérément amou-reux de Callirhoë , déjà promise à unautre , nous quitte furtivement, le cachedans les broussailles fur les bords dufleuve , & se couronne de roseaux pourexécuter le stratagème secret qu’il avoit.projetté. Dès que Callirhoë fut descen-due dans le fleuve , & eut prononcé laformule accoutumée , Je faux Scamandrefart du fond des broussailles , & s’écrie :» Scamandre reçoit ton présent, & te» donne la préférence sur toutes tes com-» pagnes ; alors faisant une pas pour lamieux voir :

Je fuis, dit-il, le dieu qui commande à cetteonde ;

Soyea-en la déesse , &c régnez avec moi.

Peu de fleuves pourroient dans leur grotte pro-fonde

Partager avec vous un auffi digne emploi.

Mon cry fiai est très-pur, mon cœur f est davan-kt-gs,

Je couvrirai pour vous de fleurs tout ce rivage ,Trop heureux si vos pis le daignent honorer ,

Et qu’au fond de mes esux vous daigniez vousmirer.

A ces mots il s’avance , emmene lajeune fille ravie , & fe retire avec elledans les roleaux. La tromperie , continueEschine , ne demeura pas long-temps ca-chée ; car quelques jours après , commeon célébrois la fête de Vénus , où les nou-velles mariées assíioient, & où la curio-sité nous avoit austi menés;Cailirhoë apper-çut Limon qui étoit avec nous | elle ne fedoutoit de rien, & persuadée que le dieuétoit venu là tout exprès pour lui fairei honneur, elle dit à fa nourrice: » Ap-