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Tome trentième.
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son , ils s’élevent fans mesure , soit qu’ilssoient emportes'loin de leur devoir parlafougue de leurs passions , soit enfin quecraignant toujours quelque changement, ilsse consument en efforts inutiles pour retenirdes biens qui leur échappent. Ils ne s’imagi-noient pourtant pas , comme les Stoïciens,être exempts de toutes les incommodités quiviennent du choc & de faction des objetsextérieurs: mais ils prétendoient qu’à lafaveur de leur doute fur ce qui est bien oumal, ils foudroient beaucoup moins quele reste des hommes, qui font double-ment tourmentés , & par les maux, qu ilssouffrent, & par la persuasion où ils sontque ce sont de vrais maux.

C’est une ancienne question, commenous l’apprenons d’Aulugelle , & fort dé-battue par plusieurs auteurs grecs, sa-voir en quoi différent les Sceptiques &les académiciens de la nouvelle académie.Plutarque avoir fait un livre fur cettematière ; mais puisque le temps nous aprivé de ces secours de l’antiquité , sui-vons Sextus Empiricus , qui a rapporté fiexactement tous les points en quoi con-siste cette différence , qu’il ne s’y peutrien ajouter.

II met le premier point de différence,qui se trouve entre la nouvelle académie& la doctrine Jceptique , en ce que l’une& l'autre disant que f entendement hu-main ne peut rien comprendre, les aca-démiciens le disent affirmativement , &les Sceptiques le disent en doutant.

Le second point de différence proposépar Sextus, consiste en ce que les uns &les autres étant conduits par une appa-rence de bonté , dont l’idée leur est im-primée dan; l’esprit, les académiciens lalui vent & les Sceptiques s’y laissent con-duire , & en ce que les académiciens ap-pellent cela opinion ou persuasion , & nonles Sceptiques : bien que ni les uns ni lesautres n’amrment que la chose d’où partcette image ou apparence de bonté soitbonne, mais les uns & les autres avouentque la chose qu’ils ont choisie leur sembleBonne ; & qu’ils ont cette idée impriméedans l’esprit, à laquelle ils se laissent con-duire.

troisième point de différence re-

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vient au méme. Les académiciens soutien-nent que quelques - unes de leurs idéesfont vraisemblables, les autres non ; &qu’entre celles qui font vraisemblables i!y a du plus & du moins. Les Sceptiquesprétendent qu’elles font égales, par rap-port à la créance que nous leur donnons ;mais Sextus qui propose cette différence ,fournit lui-même le moyen de la lever ,car il dit que les Sceptiques veulent quela foi des idées soit égale par rapport à laraison , c’est-à-dire autant qu’elle se rap-porte à la connoiísance de la vérité & àl’acquifition de la science par la raison ,car l’idée, la plus claire n’a pas plus depouvoir pour me faire connoitre la vérité :mais en ce qui regarde l’usage de la vie ,ils veulent que l’on préféré cette idéeclaire à celle qui est obscure.

La quatrième différence consiste moinsdans la chose que dans la maniéré de s’ex-primer ; car les uns & les autres avouentqu’ils font attirés par quelques objets ;mais les académiciens disent que cetteattraction se fait en eux avec une véhé-mente propension , ce que les Sceptiquesne disent pas , comme si les uns étoiencportés vers les choies vraisemblables &que les autres s’y laissassent seulementconduire , quoique ni les uns ni les autresn’y donnent pas leur consentement.

Sextus Empiricus met encore entr’euxune autre différence, fur les choses quiconcernent la fin, disant que les académi-ciens suivent la probabilité dans l’ulage dela vie , & que les Sceptiques obéissent aineloix , à la coutume , & aux affections na-turelles. En cela comme en plusieurs cho-ies , leur langage est différent , quoiqueleurs sentimens soient pareils. Quand í’a-cadémicien obéit aux loix, il dit qu’il lefait parce qu’il a opinion que cela est boná taire , & que cela est probable ; &c quandle sceptique fait la même chose , il nese sert point de ces termes A'opinion & deprobabilité , qui lui paraissent trop dé-cisifs.

Ces différences qui font légeres & im-perceptibles , ont été cause qu’on les atons confondus fous le nom de Sceptiques.Si les philosophes qui ont embrasle cettesecte, ont mieux aimé être appelles aca-