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Tome trentième.
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toit faite en qualité de théologien , il serendit sous Anselme qui avoit formé desChampeaux ; les leçons d’Anfelme ne luiparurent pas répondre à la célébrité de cethomme ; bientôt il eut dépouillé celui-cide Ion auditoire & de fa réputation ; ilenseigna la théologie , malgré ses ennemisqui répandoient de tous côtés qu’il étoitdangereux de permettre à un homme deson âge & de son caractère, de se melerd’une science íi sublime. Ce fut alors qu’ilconnut le chanoine ïulbert & fa nièceHéloïsc ; cette fille savoit à l’âge de dix-huit ans, l’hébreu , le grec , le latin, lesmathématiques, la philosophie , la théo-logie , c’est-à-dire plus que tous les hom-mes de son temps réunis ; outre l’esprit quela nature lui avoit donné , la sensibilitéde cœur , les talens qu’elle dévoila uneéducation très-recherchée , elle étoit en-core belle ; comment résiste-t-on à tantde charmes ? Abélard la vit, l’aima & ja-mais homme ne fut peut-être autant aiméd’une femme , qu’Abélard d’Héloïse ; non,disoit-elle, le maître de l’univers entier ,s’il y en avoit un , m’offriroit son trône &fa main, qu’il me se roi t moins doux d’ètrefa femme, que la maîtresse d’Abélard. Nousn’entrerons point dans le détail de leursamours ; Fulbert prit Abélard dans fa mai-son ; celui-ci négligea son école pour s’a-bandonner tout entier à fa passion ; il em-ploya son temps, non plus à méditer lesquestions abstraites & tristes de ia philoso-phie , mais à composer des vers tendres& des chansons galantes ; fa réputations’obscurcit, & ses malheurs commencè-rent & ceux d’Héloïse.

Abélard privé du bonheur qu’il s’étoitpromis dans la possession d’Héloïse, dé-sespère , confus , s e retira dans l’abbaye deS. Denis ; cependant Héloïse renferméedans une autre solitude , périssoitde dou-leur & d amour. Cet homme qui devoiravoir appris par ses propres faiblesses, àpardonner aux foiblesses des autres, se ren-dit odieux aux moines avec lesquels il vi-voit, par la dureté de ses réprimandes, &toute la célébrité qu’il devoir au nombreuxconcours de ses auditeurs, ne lui procurè-rent point un repos qu’il s’efTorçoit à éloi-gner de lui ; les ennemis qu’il s’étoit fait

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autrefois, & ceux qu’il se faisoit tous lesjours , avoient fans cesse les yeux ouvertsfur fa conduite , ils attendoient l’occaíìonde le perdre , & ils crurent savoir trou-vée dans l’ouvrage qu’il publia fous le titrede la foi à la sainte Trinité , pour servird'introduclion à la théologie , Abélard yappliquoit à la distinction des personnesdivines, la doctrine des nominaux , il com-paroir l’unité d’un Dieu dans la trinité despersonnes, au {illogisme où trois chosesréellement distinctes , la proposition , l'as-somption & la conclusion, ne formentqu’un seul raisonnement ; c’étoit un tissud’idées très-subtiles , à travers lesquellesil n’étoit pas difficile d’en rencontrer decontraires à Porthodoxie. Abélard fut ac-cusé d’hérésie ; on répandit qu’il admettoittrois dieux, tandis que d’après ses princi-pes , il étoit si strictement austerè , quepeut-être réduisoit-i! les trois personnesdivines à trois mots ; il risqua d’être lapidépar le peuple: cependant ses juges l’écou-terent, & il s’en sercit retourné absous,s’il n’eût pas donné le temps â fes ennemisde ramasser leurs forces & d’aliéner l’eípritdu concile qu’on avoit assemblé ; il futobligé de brûler lui-même son livre, deréciter le symbole d’Athanase y & d’allersubir dans l’abbaye de S. Médard de bois-sons , la pénitence qu’on lui imposa ; cettecondamnation fut affligeante pour lui, maisplus déshonorante encore pour ses enne-mis ; on revint fur fa cause j & l’on détestala haine & l’ignorancede ceux qui l’avoientaccusé & jugé.

11 revint de Soisíbns à Sàint-Denis ; làil eut l’imprudence de dire, & qui pisest, de démontrer aux moines que leursaint Denis n’avoit rien de commun avecl’aréopagite ; & dès ce moment ce fut unathée, un brigand , un scélérat digne desderniers supplices. On le jetta dans une pri-son ; on le traduisit auprès du prince commeun sujet dangereux, & peut-être eut-ilperdu la vie entre les mains de ces ignorans& cruels cénobites, s’il n’eût eu le bonheurde leur échapper. II s e justifia auprès dela cour , & se réfugia dans les terres ducomte Thibault. Cependant l’abbé de saintDenis ne jouit pas long temps de l’avan-tage d’avoir éloigné un censcar aussi sévère