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Tome trentième.
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Mais si les belles-lettres prçtent de Pa-grément aux sciences , les Jáences de leurcôté font nécessaires pour !a perfection desbelles-lettres. Quelque foin qu’cn prit depolir l’eíprit d’une nation , si les ccnnois-sances sublimes n’y avoient accès, les let-tres condamnées à une éternelle enfance,ne feroit que bégayer. Pour les rendre flo-rissantes , il est nécessaire, que l’espritphilosophique, & par conséquent ItsyriV/i-ces qui le produisent, le trouvent, linondans Phomn.e de* lettres iui-meme, du-moins dans le corps de la nation , &qu’elles y donnent le ton aux ouvrages delittérature.

Socrate qui mérita le titre de pere de laphilojaphie , cultivoit aussi Péloquence&Ja poésie. Xénophonscn disciple fut allierdans sa personne i’orateur , l’historien &le savant , avec 1"'homme d’état, l’hom-me de guerre, & l’homme du monde.Au seul nom de Platon toute l’élévationdes sciences , & toute 1*aménité des lettresí’eprésentent à l’esprit. Aristote, ce génieuniversel, porta la lumière dans tous lesgenres de littérature, & dans toutes lesparties des sciences. Alexandre lui écri-voit, qu’il aimeroit beaucoup mieux etrecomme lui au-dessus des autres hommespar l’étendue de ses lumières, que parcelle du pouvoir dont Dieu l’avoit com-blé. Eratosthène traita dans des volumesimmenses, presque tout ce qui est du res-sort de l’esprit humain, la grammaire , lapoésie, la critique, la chronologie, l’his-toire , la mythologie , les antiquités, laphilosophie , la géométrie, l'astronomie ,Ja géographie , l’agriculture , l’architec-

ture, & la musique.

Luciece employa les muses latines àchanter des matières philosophiques. Var-ron , le plus savant des Romains . parta-ge® 1 1 Ion loisir entre la philosophie , l’his-toire, Pétude des antiquités, les recher-ches de la grammaire & les délassemens dela poésie. Brutus étoit philosophe, orateur,& possédait à fond la jurisprudence. Cicé-ron qui porta jusqu’au prodige surdon del’éloquence & de la philosophie , déclaroitque s’il avoit un rang parmi les orateursde son temps, il en étoit plus redevableaux promenades du portique , qu’aux éco-

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les des rhéteurs. Combien d’autres exem-ples ne pourrai-je pas tirer des siéclesréculés ? On ne pensoit point alors queles sciences fuflènt incompatibles dans unemême personne , avec une érudition fleu-rie , avec Pétude de la pchnque, avecle génie de la guerre ou ou barreau.

On jugeoit plutôt que la multitude destalens étoit nécessaire peur la perfection^de chaque talent particulier, & cetteopinion étoit vérifiée par le succès.

Le méme temps qui vit périr Rome ,vit périr les sciences. Elles furent presqueoubliées pendant douze siécles, & durantce long intervalle, l’Europe demeuraplongée dansl’efclavage & la stupidité. Lasuperstition, née de l’ignorance, la repro-duisit nécessairement, tout tendit à éloi-gner le retour de la raison & du goût.Aussi fallut-il au genre humain pour sortirde la barbarie , ûne de ces révolutionsqui font prendre à la terre une face nou-velle. L’empire grec étant détruit, fa rui-ne fit refleurir en Europe le peu de con-noiflances qui restoient encore au monde.Enfin par l’inventicn de l’Imprimerie , laprotection des Médicis, de Jules II. & deLéon X. jes Muses revinrent de leur longévanouissement, & recommencèrent àcultiver leurs lauriers flétris. De dessousles ruines de Rome , fe releva son anciengénie, qui secouant la pouffiere, mon-tra de nouveau sa tête tespectable.La sculp- »ture & les beaux arts ses aimables sœursressuscitèrent, & les blocs de marbre re-prirent une nouvelle vie. Les templesréédifiés, Raphaël peignit, & Vida , funle front duquel croît le laurier du poète &le lierre du critique , écrivit avea gloire;Nous devons tout à l’Italie ; c’est d’elleque nous avons reçu les sciences^ & lesbeaux arts , qui depuis ont fructifié pres-que dans l’Europe enticre.

L’étude des langues & de l’histoire aban-’donnée par nécessité dans les siécles de té-nèbres , fur la première à laquelle on felivra. L impression ayant rendu communsles ouvrages des Grecs & des Romains,on dévora tout ce qu’ilsnous avoient laiííedans chaque genre \ on les traduisit, onles commenta, & par une espèce de re-1 connoissance , on fe mit à les adorer, fan;

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