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Tome trentième.
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ces malheurs, la félicité opposée nous estrefusée dans cette vie, & nous n’en joui-rons que dans l’autre.

Les séditions , les troubles, les guerres-civiles, proviennent d’erreur , de malice ,de causes justes ou injustes ; elles provien-nent d’erreur lorsqu'un peuple croit qu’onlui a fait du mal, ou qu’on a eu desseinde lui en faire, quoiqu’on n’y ait pas seu-lement pensé , ou lorsqu’il regarde commeun mal ce qu'on lui a fait, quoi qu’effecti-vement ce ne soit pas un mal. Les étatsles mieux réglés peuvent quelquefois tom-ber dans ces fortes d’erreurs.

Les Romains jaloux d une liberté nou-vellement recouvrée, s’imaginerent queValérius Publicola aspiroit à la royauté ,lorsqu’ils virent qu’il faisoit bâtir une mai-son dans une place qui sembloit trop émi-nente pour un particulier.

Les Lacédémoniens ne soupçonnèrentpas moins la conduite de Lycurgue, & unjeune libertin, dans une sédition , fut asseztéméraire pour lui crever un œil ; maisjamais peuple n’a témoigné tant d’amourni de respect à de bons citoyens, que lesRomains & les Lacédémoniens en témoi-gnèrent à ces grands hommes , lorsqu’ilsconnurent que leurs soupçons étoient malfondés.

Quelquefois les faits font véritables,mais le peuple les explique d’une maniéréopposée à l’intention qu’on a eue. Lors-qu’on eut chassé les Tarquins, les Patri-ciens retinrent pour eux-mêmes les prin-cipales charges de la magistrature ; maisce ne fut jamais leur dessein de rétablirles rois fur le trône , ni une oligarchiecntr’eux, comme les familles populairesse l’imaginoient ; auíïi elles ne fe furentpas plutôt aperçues de leur erreur, quetoute leur colere s’cvanouit : & ces mêmespersonnes, qui sembloient ne méditer pasmoins que la ruine entiere de toutes lesfamilles patriciennes , fe calmetent toutd’un coup.

, Menénius Agrippa appaisa une des plusyiolentes séditions qui fe soit élevée dansì a république romaine , eu proposant aupeuple la fable des différens membres duxorpz humain , qui fuioient d$s plaintes

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contré le ventre ; & la plus dangereuse dstoutes fut étouffée, auílì-tôt qu’on eutaccordé à ce peuple des tribuns pour leprotéger.

Quelques jeunes Patriciens avoient favo-risé les décemvirs, & il y en avoir d’autresdu même corps, qui nevouloientpas fe dé-clarer ouvertement contre eux; il n’en fallutpas d’avantage pour faire croire au peuplequ’ils avoient tous conspiré avec ces nou-veaux tyrans ; mais Valérius & Horatiuss’étant mis à la tête de ceux qui cher-choientà détruire cette nouvelle tyrannie,il reconnut bientôt son erreur , & regardales Patriciens comme les plus zélés défen-seurs de fa liberté ; & inde , dit Tite-Live , auram libertatis capture , un dé fer -vitutem timuijsent.

Les gouvernemens démocratiques fontsujets à ces sortes d'erreurs ; elles fontrares dans les aristocraties, & nous n’enavons point d’exemples parmi les Lacédé-moniens , depuis rétablissement des loix deLycurgue ; mais il semble que les mo-narchies absolues en soient tout à faitexemptes. On dissimule , & on nie souventle mal qu’on a dessein de faire , jusqu’à cequ’il ne soit plus temps d’y remédier autre-ment que par la force ; ceux que la néces-sité oblige à se servir de ce remede ,n’ignorent pas qu’il faut infailliblementqu’il périssent , s’ils ne viennent à boutde ce qu’ils ont entrepris. Celui qui tirel'épée contre son prince , disent les Fran-çois , en doit jeter le fourreau ; carquelque juste raison qu’il ait de prendrece parti , il peut s’assurer que fa ruine estinévitable , s’il ne réussit pas. II arriverarement qu’un prince fasse la paix avecceux qu’il regarde comme des rebelles rou s’il la fait , il ne l’obferve jamais, àmoins que les sujets ne se réservent assezde forces pour l’obliger à tenir fa parole ;& tôt ou tard on trouve bien moyen deleur ôter ce qu’on leur avoir accordé.

Lesséditions qui proviennent de malicefont rares dans les gouvernemens popu-laires ; car elles font préjudiciables au peu-ple , & personne ne s’est jamais fait dumal de dessein prémédité. II y a fans doutesouvent de la méchanceté dans ceux quk

excitent