DU SYSTEME DU MONDE.
531
CHAPITRE V.
De la découverte de la pesanteur universelle .
Après avoir montré par quels efforts successifs, l’esprit humains'est élevé à la comioissance des loix des inouvemens célestes ; il mereste à faire voir comment il est parvenu à découvrir le principegénéral dont ces loix dépendent.
Descartes essaya le premier, de ramener à la mécanique, lesinouvemens des corps célestes : il imagina des tourbillons de matièresubtile, au centre desquels il plaça ces corps; les tourbillons desplanètes entraînoient les satellites; et le tourbillon du soleil entraî-noit les planètes, les satellites et leurs tourbillons divers. Lesmouvemens des comètes, dirigés dans tous les sens , ont fait dispa-roître ces tourbillons, comme ils avoient anéanti les cieuxsolides,et tout l’appareil des cercles imaginés par les anciens astronomes.Ainsi, Descartes ne fut pas plus heureux dans la mécanique céleste,que Pt-olémée, dans l’astronomie; mais leurs travaux n’ont pointété inutiles aux sciences. Ptolémée nous a transmis à travers qua-torze siècles d’ignorance, le petit nombre de vérités astronomiquesque les anciens avoient découvertes. Descartes venu dans un tempsoù tous les esprits éprouvoient une fermentation qu’il avoit encoreaugmentée, et substituant aux vieilles erreurs, des erreurs plusséduisantes, soutenues de l’autorité de ses découvertes géométri-ques , a détruit l’empire d’Aristote et de Ptolémée, qu’une philo-sophie plus sage eût difficilement ébranlé. Mais en posant enprincipe, qu’il falloit commencer par douter de tout; il nous alui-même avertis de soumettre ses opinions, à un examen sévère;et son système n’a pas résisté long-temps, aux vérités nouvelles quilui étoient opposées.
Il étoit réservé à Newton, de nous faire connoître le principe
Tt 2