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Tome trente-deuxième.
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puten ces fleuves de sang que le fanatismea fait couler.

Parcourez donc la surface de la terre : &après avoir vu d’un coup-d’œil tant d’éten-dards déployés au nom de la religion, enEspagne , contre les Maures ; en France,contre les Turcs ; en Hongrie , contre lesTartares, - tant d’ordres militaires fondés■pour convertir les infidèles d coups d’épée,s’entc’égorger aûx piés de l’autel qu’ils dé-voient défendre; détournez vos regards de cetribunal affreux élevé fur le corps des in-nocens Lt des malheureux, pour juger lesvivans comme Dieu jugera les morts, maisavec une balance bien différente. SuspeCl,convaincu , pénitent Ù relaps', qualificationsodieuses qu’invenra la tyrannie , afin quepersonne ne pût fe dérober aux proscrip-tions : car , ainív que dans une forêt ,on afoin de marquer d’avance à I’écorce les ar-bres qu’on a résolu de couper , de mémejetoit - on des notes d’hérésie on de magiefur tons ceux qu’on vouloir dépouiller &brûler. S'il est vrai qu’après les édits san-guinaires d’Adrien , qui fit périr un milliond’hommes pour cause de religion, lesJuifs ayant passé dans PArabie déserte , yétablirent la loi de Moyse par la voie de^inquisition ; les voilà dans le cas de cetyran qui fut brûlé dans un taureau d’ai-rain , funeste invention de fa barbarie ;mais ce n’est pas à des chrétiens de les enpunir , eux qui professent la loi de miséri-corde , & qui reprochent aux Juifs de /sa-voir imité que !e dieu des vengeances.

„ Cette fáusiè idée de Dieu & de la re-„ Iigion , dit Tiilotson, que nous ne crain-„ drons pas de citer encore , les dépouille,, l’un & Pautre de toute leur gloire & de„ toute leur majesté. Séparer de ia divinité„ la bonté & la miséricorde , & de la reli-„ gion la compassion & la charité, c’est„ rendre inutiles les deux meilleures cho-

ses du monde, la divinité & la religion.« Les payens regardoient fi fort la natureíj divine comme bonne & bienfaisante9 > envers le genre humain , que les dieux}■> immortels leur fembloient presque faitsw pour I utilité & 1 avantage des born-ai mes. En elret , lorsque la religion„ nous pousse à faire mourir les hommesv pour Pamour de Dieu, & à les envoyer

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» en enler le plutôt qu’il est possible, lorsi» qu’elle ne sert qu’à nous rendre enfans» de la colore & de la cruauté, ce n’est

plus une religion , mais une impiété. 11,, vaudroit mieux qu’il n’y eût point de„ révélation, & que la nature humaine eûc» été abandonnée à la direction de ses pen-» chans ordinaires , qui font beaucoup plus>, doux & plus humains, beaucoup plusn convenables au repos & au bonheur de» la société , que de suivre les maximes,, d’une religion qui inspirerait une fureurj) si insensée, & qui travaillerait à détruire» le gouvernement de Péta t , & les fon-» demens de la prospérité du genre hu-„ main ».

Comptez maintenant les milliers d‘es-clavcs que le fanatisme a faits, soit en Asie,oùl’incirconcision étoít une tache d’infamie,soit en Afrique , où le nom de chrétienétoit un crime ; soit en Amérique , où leprétexte du baptême étouffa l’humanité.Comptez les milliers d’hommes que lemonde a vu périr , ou fur les échafaudsdans les siécles de persécution , ou dansles guerres civiles par la main de leurs con-citoyens , ou de leurs propres mains pardes macérations excessives. La terre de-vient un lieu d’exil, de péril & de larmes :seshabitans, ennemis d’eux-mémes & deleurs semblables , vont partager la couche& la nourriture des ours : tremblans entrePenser & le ciel qu’ils n’osent regarder ,les cavernes retentissent des gémissemensdes criminels & du bruit des supplices. Iciles viandes font proscrites comme une se-mence de corruption ; là le vin est prohibécomme une production desatan. Les absti-nens appellent le mariage une inventiondes enfers : & pour mieux garder la con-tinence , ils fe mettent dans Pimpossibilitéde la violer. Plusieurs , après avoir at-tenté fur eux-mêms, rendent ce service àtous les étrangers qui passent chez eux ,malgré qu’ils résistent au nouveau signed’alliance. Les hermitages deviennent laprison des rois & le palais des pauvres, tan-dis que les temples font la retraite des vo-leurs. On entend pendant la nuit des pé-nitens vagabonds traîner des chaînes , doncle bruit effrayant jette la consternationdans les âmes superstitieuses. On voit cou.?