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raison on est obligé de teindre avantqu’elles soient filées , il faut avoir foinqu’elles soient bien dégraissées. On a faitvoir dans le traité de la draperie la façonde faire cette opération , ainíi on n’en par-lera pas dans celui-ci ; il suffira d’obscrverque le dégrais est nécessaire pour toutesles laines qu’on veut teindre avant qued’être filées ; de même qu’il faut toujoursmouiller celles qui le font, & les étoffesde toute efpece , afin qu’elles prennent lacouleur plus également.
Des cinq couleurs matrices ou primiti-ves dont il a été parlé au commencementde cet article , il y en a deux qui ont be-soin d’une préparation que l’on donne avecdes ingrédiens qui ne fournissent aucunecouleur , mais qui par leur acidité , & parla finesse de leur terre , disposent les poresde la laine à recevoir la couleur ; cettepréparation est appellée le bouillon ; il va-rie suivant la nature & la nuance des cou-leurs ; celles qui en ont besoin font lerouge , le jaune , & les couleurs qui en dé-rivent ; le noir exige une préparation quilui est particulière ; le bleu & le fauve, oucouleur de racine , n’en demandent aucu-ne , il suffit que la laine soit bien dégrais-sée & mouillée ; & même pour le bleu , iln y a pas d’autre façon à y faire , que dela plonger dans la cuve , l’y bien remuer ,& 1 y laíílèr plus ou moins long-tetnps , sui-vant qu on veut la couleur plus ou moinsíoncee. Cette raison , jointe à ce qu’il y abeaucoup de couleurs pour lesquelles il estnécessaire d’avoir précédemment donné àla laine une nuance de bleu , fait qu’oncommencera par donner fur cette couleurles réglés les plus précises qu’il fera possi-ble : car s’il y a beaucoup de facilité àteindre la laine en bleu , loríque la cuve debleu est une fois préparée ; il n’en est pasde même de la préparation de certe cuve ,qui est réellement l’opération la plus diffi-cile de tout l’art de la teinture ; il ne s’agitdans toutes les autres que d’exécuter d a-Près des procédés simples, transmis desmaîtres à leurs apprentifs.
II y a trois ingrédiens qui fervent a tein-® r e e n bleu ; savoir , le pastel, le vouede ,& 1 indigo : on donnera les préparations
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de chacune de ces matières, en commen-çant par le pastel.
De la cuve de pafiel. Pour mettre enétat le pastel de donner fa teinture bleue ,on fe ssert de grandes cuves de bois de dixa douze pies de diamètre , & de six à septde hauteur ; elles font formées de douvesou pieces de bois de six pouces de largeur& de deux d épaisseur , & bien cerclées defer de trois piés en trois piés ; lorfqu’ellesfont construites , on les enfonce dans laterre , en forte qu’elles n’excedent que detrois piés & demi, ou quatre piés au plusafin que l’ouvrier puisse manier plus com-modément les laines ou les étoffes qui fontdedans ; ce qui fe fait avec de petits cro-chets doubles , emmanchés de longueurconvenable , selon le diamètre de la cuve;le fond de ces cuves n’est point de bois ,mais pavé avec chaux & ciment ; ce quicependant n’est pas essentiel, & ne fe pra-tique qu’à cause de leur grandeur , & parcequ’il l'eroit difficile qu’un fond de bois d’unefi grande étendue , put soutenir tout lepoids de ce que la cuve doit contenir :plus ces cuves font grandes , mieux l’opé-ration réussit. Ordinairement on prend troisou quatre balles de pastel , & ayant biennettoyé la cuve , on en fait l’assiette com-me il fuit :
On charge une chaudière de cuivre pro-che de la cuve , d’eau la plus croupie qu’onpuisse avoir ; ou si seau n’est pas corrom-pue ou croupie , on met dans la chaudièreune poignée de genestrolle ou de foin ,c’est-à-dire , environ trois livres , avec huitlivres de garance bise , environ , ou lebain vieux d’un garançage , pour épargnerla garance , qui même fera un meilleureffet. La chaudière étant remplie , & ayantallumé le feu dessous , on la taie bouillirune heure & demie , deux heures , mêmejufqu’à trois , puis on la verse , au moyende la gouttière , dans la grande cuve debois, bien nettoyée , & aufond de laquelle,on doit mettre un chapeau plein de sonde froment. En furvuidant le bain bouillantde la chaudière dans la cuve , & pendantqu’il coulera , on mettra dans cette cuveles bulles de pastel, l’une après l’autre .afin de pouvoir mieux les rompre , pallier,& remuec avec les tables ; on continuera