ESPRIT DE CHAMfORT.
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mais où dans le fond tout est en désordre, parceque rien n’y est rangé suivant l’ordre des sciences,des matières ni des auteurs.
,*, A la cour, tout est courtisan: le prince dusang, le chapelain de semaine, le chirurgien dequartier, l'apothicaire.
Les magistrats chargés de veiller surl’ordre public, tels que le lieutenant criminel, lelieutenant civil, ie lieutenant de police, et tantd’autres, finissent presque toujours par avoirune opinion horrible de la société. Ils croientconnaître les hommes et n’en connaissent quele rebut. On ne juge pas d’une ville par seségouts. La plupart de ces magistrats me rap-pellent toujours le collège, où les correcteurs ontune cabane auprès des commodités, et n’en sor-tent que pour donner le fouet.
La réputation de savoir bien manier l’armede la plaisanterie donne à l’homme d’un ranginférieur, dans le monde et dans la meilleurecompagnie, cette sorte de considération que lesmilitaires ont pour ceux qui manient supérieu-rement l’épée. J’ai entendu dire à un hommed'esprit: « Otez à la plaisanterie son empire, et jequille demain la société. » C’est une sorte deduel où il n’y a pas de sang versé, et qui, commel’autre, rend les hommes plus mesurés et pluspolis.