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ESPRIT DE CHAÎtPORT.
et Rousseau en France, jugés non par la haine,non par la jalousie, mais par l’équité, par labienveillance, sur la foi des fails attestés ouavoués par leurs amis et par leurs admirateurs,seraient atteints et convaincus d’actions très-condamnables, de sentiments quelquefois très-pervers. O altitudo!
On a observé que les écrivains en physique,histoire naturelle, physiologie, chimie, étaientordinairement des hommes d’un caractère doux,égal, et en général heureux ; qu’au contraire, lesécrivains de politique, de législation, même demorale, étaient d’une humeur triste, mélanco-lique, etc. Rien de plus simple : les uns étudientla nature ; les autres la société ; les uns contem-plent l’ouvrage du grand Être ; les autres arrê-tent leurs regards sur l’ouvrage de l’homme. Lesrésultats doivent être différents.
Si l’on examinait avec soin l’assemblagede qualités rares de l’esprit et de l’àme qu’ilfaut pour juger, sentir et apprécier les bonsvers; le tact, la délicatesse des organes, del’oreille et de l’intelligence, etc., on se convain-crait que, malgré les prétentions de toutes lesclasses de la société à juger les ouvrages d’agré-ment, les poètes ont dans le fait encore moinsde vrais juges que les géomètres. Alors, lespoètes, comptant le public pour rien, et ne s’oc-