Band 
Première partie.
Seite
35
JPEG-Download
 

DE LA PREMIÈRE PARTIE. 35

encastrées l’une dans l’autre, de manière à se maintenir mutuellement (fig. IV). Comme cette façonde construire remonte à une haute antiquité, et quelle semble immédiatement avoir suivi les con-structions pélasgiques, ou cyclopéennes, dont elle conserve quelques traces, on peut conjecturerque la partie des murs de Pompei , bâtie ainsi, est un ouvrage des Osques, ou au moins des pre-mières colonies grecques qui vinrent s’établir dans la Campanie . Cette opinion semble d’autantplus probable, que certains caractères isolés, gravés sur un grand nombre de pierres, et qui ser-voient de marque, soit aux ouvriers, soit aux personnes préposées aux travaux, présentent deslettres osques, ou appartenant au plus ancien alphabet grec 1 ( pl. XIII. )

Ces murailles sont dans un grand désordre. Il est impossible de l’attribuer uniquement auxtremblements de terre qui précédèrent et accompagnèrent l’éruption de yq; aussi je pense quePompei a dû être démantelée plusieurs fois 2 , comme le prouvent les brèches et les réparationsdiverses que l’on remarque dans la partie des murs découverte dernièrement. Il paroît mêmeque ces fortifications n’étoient plus regardées depuis long-temps comme nécessaires, puisque, ducoté où étoit le port, les habitations sont bâties sur les murs que l’on a, en plusieurs endroits,abattus à cet effet 3 .

Les réparations faites aux remparts ont le caractère de la précipitation, et datent d’une époquebeaucoup plus récente que la construction des murailles 4 . Elles consistent en maçonnerie, del’espèce appelée par les anciens opus incertum, composée de petits moellons placés irrégulière-ment et à bain de mortier. (Pl. XII, fig. IV. )

Les deux murs étoient crénelés de manière que, vus du côté de la campagne, ils présentoientl’apparence d’une double enceinte de remparts. Les créneaux du mur intérieur n’étoient, danscertains endroits, qu’un simple couronnement, sans autre utilité que de donner aux fortifica-tions un aspect plus formidable. Cependant, si l'on avait fait des recherches plus étendues, oneût peut-être reconnu que ce mur intérieur étoit presque partout le véritable mur d’enceinte dela ville, et qu’il servoit de seconde défense en arrière de Yagger.

Les nierions qui séparent les créneaux sont faits d’une manière ingénieuse ( pl. XII, fig. V) •ils forment un petit retour en-dedans du rempart, en sorte que le combattant, en défendant

(i) La première de ces lettres, en commençant par Je haut de la colonne à gauche, est un cappa grec à rebours; la seconde est un rhorenversé; la troisième est un phi osque; la quatrième est un digamma éolique; la cinquième ne ressemble à aucune lettre connue; la sixièmeest un bêta grec, renversé. Cette lettre appartient aussi à la langue osque, et à tous les idiomes italiques. Les trois premières figures de lacolonne de droite sont des sigles dont la signification ne m’est point connue; la lettre suivante est un T étrusque. La cinquième est un thêtagrec, ou plutôt le signe aspiratif ( l’A) étrusque. La sixième est encore un sigle dont j’ignore la signification. On voit plusieurs autres lettresosques vers la porte du Sarnus.

(a) Ce fut sans doute une des principales conditions que Sylla dut imposer aux habitants de Pompei , en leur accordant la paix, et lorsqu’ilétablit une colonie dans le territoire de cette ville.

( 3 ) La longue paix dont l’Italie jouit, sous le règne d’Auguste et de ses premiers successeurs , rendit inutiles les fortifications de la plupartdes villes de la côte. Aussi c’est probablement à cette époque que l’on démolit celles de Pompei , vers le port, pour y bâtir les belles maisons àplusieurs étages que l’on y voit encore aujourd’hui.

( 4 ) On peut, sans craindre de faire une conjecture hasardée, placer l’époque de ces réparations vers l’an 703 de, Rome, au commen-cement de la guerre civile entre César et Pompée . On voit par les Commentaires du premier ( de Bell. Civil, lib. I ), et la correspondance deCicéron avec Attiras ( lib. VII et VIII ), que toute l’Italie méridionale fut en armes. La plupart des villes de la Campanie eurent des garnisons,ce qui obligea à mettre leurs murailles en bon état. Cicéron insiste dans la première de ses lettres à Pompée {lib. VIII ) pour que l’on défendeles villes de cette côte, où il y a, dit-il, des places excellentes, et qui peuvent offrir de grands secours; or Pompei devoit être de ce nombre,puisque c’étoitun des principaux ports de la Campagnie; et il y a apparence que ces fortifications furent à cette occasion remises en état dedéfense. Cela est d’autant plus probable, que César, après la fuite de Pompée , y plaça une garnison de trois cohortes; chose qu’il n’auroitpoint eu besoin de faire, si c’eût été une ville ouverte. ( Cicer. ad Attic. lib. X, epist. 16. )

Nous pouvons donc, je crois, conclure de ce qui est rapporté dans cette note et les précédentes que les fortifications de Pompei , déman-telées par Sylla à la fin de la guerre sociale, furent réparées â la hâte pendant la guerre civile 1 an de Rome yo 3 , et enfin abandonnées sous lafin du règne d Auguste ou spus ses premiers successeurs.

18