36 EXPLICATION DES PLANCHES
l’embrasure du créneau, se trouvoit couvert à gauche par un mur qui le déroboit à la vue del’ennemi, et le mettoit à l’abri des dards et des projectiles : c’étoit comme un bouclier derrièrelequel il se retiroit dès qu’il avoit lancé ses traits sur les assaillants. La fig. IV représente exacte-ment les murs qui accompagnent la dernière poterne près de la tête du canal souterrain duSarno ; seulement les créneaux se voient plus bas vers la porte déjà donnée. Le terre-plein a unelégère inclinaison pour l’écoulement des eaux qui étaient jetées à l’extérieur par des gouttièresen pierre. (Fig. VI.)
Au-dessus de la üg. V on a donné quelques noms latins et grecs gravés grossièrement sur lemur de Y agger \
J’ai remarqué aussi de distance en distance des nombres légèrement gravés sur le contre-murdu rempart XXI, XXII, etc. ; XXXI, XXXIV, etc. ; mais ils sont si peu apparents, qu’il est imposasible de présumer qu’ils pussent servir à aucun usage militaire. Ce sont sans doute des numérostracés par les appareilleurs pendant la construction pour un motif qu’il est difficile de deviner.
Les tours (pl. XII et XIII) ne paroissent point d’une aussi haute antiquité que les murailles enpierres de taille 2 ; elles sont construites en petits moellons de tuf, recouverts d’un stuc qui pré-sente, sur les côtés de la tour, une décoration en refends, tandis que le devant est entièrementlisse 3 (pl. XIII, fig. II). Leur forme est quadrangulaire, et non ronde, comme le recommandeVitruve : « Les tours, dit cet auteur, doivent être circulaires ou polygones ; celles qui sont carrées« ne peuvent guère résister aux machines, car l’effort du bélier en a bientôt rompu les angles;« tandis que dans les tours de figure ronde, il ne fait que pousser vers le centre les pierres tailléescc en forme de coin, et ne sauroit les désunir. « (JJb . I, cap. 5.)
Ces tours, qui servent en même temps de poterne, sont placées à des distances inégales lesunes des autres. Vitruve recommande de ne point laisser entre elles plus d’une portée de trait ,afin, dit-il, qu’elles puissent se défendre mutuellement, si l’ennemi venoit à tenter de les prendred’assaut. Ce principe a été observé dans celles qui se voient près de la porte occidentale; ellesne sont espacées que de quatre-vingt-seize pas; distance que l’on peut présurper être un peumoindre de la portée d’un trait d’archer 4 ; mais, vers le nord de la ville, j’ai compté entre cellesqui restent deux cent trois et quatre cent quatre-vingt-dix pas ; éloignement excessif, motivéprobablement par la nature du terrain facile à défendre, et trop escarpé pour craindre l’approchedes machines. Toutes les tours que l’on a découvertes à Pompei sont semblables et composées deplusieurs plans ; savoir (pl. XII) :
(i) Le premier lambda du mot lokhot, lollia, est barré, ainsi que celui du mot yrAsi^ov : c’est un vice de conformation dans la lettre;ce qu’il n’est pas rare de rencontrer dans les inscriptions gravées avec peu de soin. L’orthographe du dernier mot est défectueuse; on a écritpour ysXiôtov, /^ ll'OHd (d l ( 3 .
(a) Les anciens attribuoient l’invention des murailles à Thrason, et celle des tours aux Cyclopes ou aux Tyrinthiens ( P lin. lib. VI,cap. 56). Quelque douteuses que puissent etre ces origines, on ne peut s empêcher den déduire que l’invention des tours n’ait été postérieureà celle des murailles, qui dans les premiers temps en etoient dépourvues. Or les tours de Pompei n’ont été construites que long-temps aprèsles murs dont elles complètent la défense; ce qui semble prouver que les murailles de cette ville, élevées selon les plus anciens principes,remontent à une haute antiquité.
Les plus anciennes fortifications grecques, telles que les murailles de Tÿrinthe et de Mycène , n’ont point de tours. Dans des villes d’uneantiquité moins reculée, telles qu’Orchomène en Béotie, Daulis et autres villes de la Phocide, on voit dés tours, mais éparses et peu saillantes.Enfin ce n’est que dans les fortifications du beau temps de la Grèce, comme à Platée, à Mantinée, et à Messène , qu’on observe des toursd’une saillie bien prononcée et à-peu-près également espacées.
(3) La construction de ces tours indique qu’elles datent du même temps que les réparations faites aux murailles.
(4) Ce sont des pas ordinaires de deux pieds et demi; ce qui donne environ deux cent trente pieds pour distance entre chacune des tours.M. Côlcerell, architecte anglois, qui a recueilli d’intéressantes observations sur les fortifications des villes grecques, a remarqué que les toursn’y sont distantes entre elles que de cent cinquante à deux cents pieds; ainsi l’on peut présumer que la portée ordinaire de l’arc n’excédoitpas deux cent cinquante à trois cents pieds, c’est-à-dire un peu moins de la demi-portée d’un de nos fusils de munition.