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EXPLICATION DES PLANCHES.
ticulièrement dédié à Vénus. Et ce serait là encore un puissant argument, à défaut d’autrespreuves, pour démontrer que l’édifice fut en effet consacré à cette déesse. On changea donc,à l’aide du stuc et des ornements rapportés, le chapiteau dorique en une espèce de corinthiende fantaisie, et les triglyphes en un zoophore approprié au même ordre. On ajouta aussi unebase aux colonnes. Mais comme on ne put en même temps changer les proportions de tousces membres d’architecture, il résulta de cet arrangement un composé assez lourd et disgra-cieux. On eut du corinthien en apparence, moins sa svelte légèreté; du dorique au fond, moinssa sobriété d’ornements; un monument d’un seul ordre, moins le caractère primitif de l’intention.Ce fut quelque chose d’hybride et de monstrueux, comme tous les raccordements du mêmegenre.
Ce n’est pas toutefois que l’artiste ait manqué d’habileté dans l’exécution d’une pensée, mauvaiseen elle-même, mais qui lui fut peut-être imposée d’autorité. La figure i re de la planche XXI meten parallèle l’ancienne disposition de Fentablement et la nouvelle : toutes deux s y trouvent deface et en profil. La figure 2 me donne de même les deux états successifs du plafond de la cor-niche, dans lequel les gouttes ou larmes, particulièrement propres à l’ordre dorique, se sontmétamorphosées en un ornement mieux approprié au nouvel ordre. C’est un curieux sujetd’étude que cette transformation, beaucoup plus heureuse d’ailleurs que celle de la colonne. Cesgriffons du zoophore sont d’un bon dessin; les ornements de la corniche sont bien entendus. Dememe que le dorique n’avait pas de mutules, le corinthien manque de modifions. Puis, chosebizarre! on y voit alternativement une boule et une croix : il y a là quelque symbole qu’il nenous est point donné de démêler. Serait-ce simplement le tau ou la croix ansée empruntéeau culte d’Osiris et d’Isis ? ou quelque tradition chrétienne déjà introduite dans les mystères?ou bien enfin un emblème placé là furtivement par quelque artiste obscur employé à la res-tauration du temple, quoique attaché secrètement aux nouvelles croyances, et qui aura protestéainsi contre une œuvre païenne imposée peut-être à sa misère ou à ses terreurs? C'est unproblème que nous offrons aux amis des antiquités religieuses, et que Mazois lui-même n’a pointpris sur lui de résoudre quand il a eu à parler d’un ornement semblable trouvé dans la boutiqued’un artisan (i).
La colonne ne pouvait offrir un sujet de parallèle aussi soutenu que l’entablement. Cette trans-formation n’a point laissé les mêmes traces que la première. Mais ce qui mérite d’être particu-lièrement observé dans l’un et dans l’autre morceau, c’est l’effet de cette architecture peinte, sicommune chez les anciens, comme elle l’est encore dans les églises d’Italie . La pierre grisâtreparaissait froide à cés méridionaux, et des tons prononcés se mettaient mieux en harmonie avecleur ciel d’un bleu cru, leur horizon ardent et leur verdure éclatante. Il faut d’ailleurs songerà l’effet général, à la partie de ces couleurs qui se fondait dans les reflets, ou se perdait dansla perspective aérienne.
Tout s’accordait dans ce système. Les colonnes corinthiennes du périptère étaient égalementpeintes, partie en bleu. Il faudrait avoir vu le temple dans son intégrité pour émettre un avisformel sur l’effet de l’ensemble.
Nous ne doutons pas que les découvertes de Pompéi , d’Hercuïanum, et de l’Asie Mineure, et lestravaux tels que le notre, qui viennent à la suite de ces découvertes, ne modifient progressive-ment le goût moderne sur ce point important. Il y a cinquante ans que l’on se fût révolté à laseule idée d’édifices peints : déjà aujourd’hui, si l’on mettait sur la scène dramatique le désastrede Pompéi , ou un sujet de cette nature, un décorateur instruit copierait nos gravures coloriées;
(i) Voyez tome II, page 84, et la vignette, page 88.