PRÉFACE DE L’AUTEUR
XVII
effets déplorables : l’endurcissement de l’esprit et ducœur.
L’Allemand aime la vie de famille, mais dans le cer-cle intime du foyer, il oublie trop souvent qu’il est ci-toyen.
La flânerie d’auberge est une calamité en Allemagne,car elle accoutume la foule sans jugement à prendre degrandes phrases vides de sens pour de la politique et dupatriotisme.
On ne s’est jamais refusé de croire à la vaillance et àl’esprit guerrier des Allemands; ils ont montré leurcourage sur mille champs de bataille, mais n’est-ce pasune triste vérité qu’ils ont souvent versé leur sang pourdes buts qui leur étaient étrangers ?
Si la fidélité est encore une vertu allemande, que defois cette vertu, dans la vie publique, s’est évanouiecomme une bulle de savon !
L’énergie morale de notre peuple se trouve dans letravail et la résignation, dans la lutte pleine de sacrificesavec les besoins de la vie. Quelquefois, cependant, unecolère terrible emporte la placide nature allemande, quin’a pas réussi encore à vaincre l’amour de la boisson.L’Allemand se laisse aller alors à une fureur de batailleet de destruction qui rappelle son origine, —*• les forêtssauvages d’où il est sorti. A côté de ces accès furieux,il a des élans de compassion profonde, des prévenan-ces pour les étrangers, de la douceur envers les ani-maux, et de la pitié pour les victimes du vice et ducrime.
On trouve les mêmes contrastes dans sa gravité etsa gaîté ; son caractère est mélancolique, et cependantil sait être communicatif et jovial.