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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIETE ET LES MŒURS ALLEMANDES

temps les avait dévorés. Distraire le peuple de ses affairesintérieures en l’occupant au dehors, telle fut la politiqued’Auguste, politique qui allait mettre Rome aux prisesavec la Germanie. Déjà Jules-César, pendant son gouverne-ment dans la Gaule, avait essayé d’asservir l’Allemagne. Lavoie qu’il avait tracée fut suivie par les capitaines d’Au-guste, et les légions romaines s’établirent au sud et à l’ouestdu pays germain. Elles y portèrent le génie colonisateurqu’elles avaient déployé sur les bords de la Colehide, dansles marais du Nil, aux déserts de la Numidie, en Espagneet dans les bois sacrés de la Gaule.

La supériorité morale de la civilisation romaine sur labarbarie de l’Allemagne rendit cette conquête facile, et lesprogrès en furent si rapides que l’on pût croire au prochainasservissement de tout le pays occupé par nos ancêtres. Atravers les forêts germaniques, la hache des conquérants,que n’arrêtaient ni la largeur des marais ni l’obstacle desbois impénétrables, traça de vastes routes qui reliaient entreelles les colonies romaines. Pour achever la soumission, l’onéleva des fortifications (Castra) et des tours, on construisitdes villes, on établit le gouvernement romain, la justiceromaine, et les vaincus durent parler la langue du conqué-rant. D’ailleurs, Rome avait trouvé des complices dans latrahison et la lâcheté des chefs allemands qui, pour la plu-part, s’allièrent aux envahisseurs et contribuèrent à sou-mettre leur patrie au joug de l’étranger. Les fils des famillesles plus considérées ne rougirent point de s’enrôler sous ledrapeau de Rome et acceptèrent comme un honneur le titrede citoyen romain. Tout semblait donc assurer le triomphede Rome sur la Germanie. Mais on n’étouffe pas si faci-lement le fier instinct de la liberté chez un peuple vigoureuxqui tient à l’indépendance et aux usages de la patrie. LesGenmains se révoltèrent bientôt contre un despotisme qui