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La société et les moeurs allemandes / traduit de l'allemand du Dr. Johannes Scherr avec l'autorisation de l'auteur par Victor Tissot
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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES

un caractère de sorcellerie qui a fort occupé l’imaginationdes théologiens et le bras de la justice criminelle.

Quand un peuple passe de la barbarie à la civilisation, ilcommence par exprimer cet heureux changement dans despoèmes consacrés à la glorification des ancêtres. Ainsi firentles Germains qui avaient été de tout temps doués de l’étin-celle divine et d’un souffle puissant de poésie. Leur mytho-logie nous révèle la richesse de leur imagination poétique.Les vieux chants de Thuisto et de Mannus, son fils, étaientessentiellement mythiques. Tacite y reconnaît les seuls do-cuments historiques de la Germanie primitive. Les chantspopulaires y tenaient lieu d’histoire et la poésie remplaçaitla prose. Nos aïeux chantaient dans les festins et en mar-chant au combat ; ils tiraient même des présages sur l’issuede la bataille de la sonorité plus ou moins grande de leurchant. Pour en augmenter la puissance, iis plaçaient devantleur bouche le creux de leur bouclier, ce qui fit donner auchant de guerre le nom de Bardit (Bardhi, bouclier).

Les plus anciens poèmes de la Germanie sont les Sagasdu tueur de dragons Sigfrid, du loup Isengrimm, du renardReinhardt. Leur origine se perd dans la nuit des temps, elledate probablement de l’époque ou l’idiome germain sedétacha de la langue sanscrite et zende et se distingua ducelte, de l’hellénique, de l’italique et du slave.

Nous n’avons guère de récits ni de chants qui célèbrentl’ancienne liberté germanique. L’auréole poétique dontl’ignorance et l’enthousiasme avaient entouré la politiquede nos ancêtres s’est eflacée devant les lumières d’une rai-son impartiale: Il est vrai qu’en présence de la corruptionromaine, les Germains appelèrent l’Europe à l’indépendanceet voulurent la régénérer. N’allez pas croire pourtant qu'ilseussent la moindre idée de ce qu’on a appelé de nos jours« les libres droits de l’homme. » S’il y avait des hommes