CHRISTIANISME ET MIGRATION DES PEUPLES
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quatrième siècle, on voit s’élever des églises et des évêchésle long du Rhin et du Danube, partout où a pénétré l’in-fluence romaine. Au huitième siècle, grâce à la protectionfranconienne, le christianisme s’est répandu jusqu’à la Saaleet l'Elbe, et l'Église nouvelle est créée en Allemagne parWinfrid ou Boniface (680-755), à qui le saint-siège a confiécette œuvre d’évangélisation. La chute du vieux chêne deGuismar dans la Hesse, consacré au dieu Donar, qui tombasous la hache de Winfrid, entraîna la ruine du paganismegermanique. Boniface fut nommé évêque de Mayence, etemploya tout son zèle à soumettre la jeune Église à la puis-sance romaine, en y introduisant les synodes et d’autresinstitutions de discipline.
Attribuer à une conversion sincère la conversion des Ger-mains au christianisme, ce serait commettre une grave er-reur. La plupart des tribus éprouvaient, au contraire, uneréelle antipathie pour la foi nouvelle, et se refusaient àpayer la dîme qu’elle avait établie. On sait quelle terriblelutte soutinrent les Saxons contre Charlemagne, qui ne putétouffer leur révolte que dans le sang. Comme en toute ré-volution, il se commit alors beaucoup de crimes, et les nou-veaux convertis cédèrent au moins autant à la force et à laruse qu’à l’indolence, à la curiosité et au soin de leurs in -térêts. D’ailleurs, le polythéisme est de sa nature plus tolé-rant que le monothéisme; il en coûtait peu aux Germainsd’ajouter le Christ au nombre des dieux qu’ils avaient déjà.Qui sait même, s’ils n’acceptèrent pas avec plaisir ce Jého-vah judaïque, immolant à sa sévère justice son propre fils,eux qui étaient habitués aux sacrifices humains? Le démonchrétien n’était-il pas un autre Loki, et les saints du chris-tianisme les proches parents de leurs génies e* demi-dieux?Ils étaient préparés aux miracles du christianisme par ceuxd’Odin et de Thor; ils avaient entrevu la doctrine de l’im-mortalité de l’âme, et la croyance au jugement dernier con-firmait celle au Crépuscule des dieux.