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LA SOCIÉTÉ ET LES MŒURS ALLEMANDES
Les prêtres chrétiens avaient appris quel est le pouvoir dela pompe des cérémonies sur l’imagination des peuplesdans leur lutte contre le paganisme gréco-romain. Depuislors, ariens et orthodoxes avaient cherché à se surpasserdans les magnificences du culte; l’Église pouvait doncoffrir aux Germains des spectacles liturgiques capables dtles plonger dans un respectueux ravissement. On finit paraimer ca que l’on a commencé par admirer, et les progrèsdes prêtres chrétiens dans l’affection des peuples furentd’autant plus faciles qu’ils n’avaient pas à lutter contre unecaste sacerdotale qui défendît le paganisme national. Audébut, le joug religieux fut assez doux. Les prosélytes n’a-vaient qu’à apprendre quelques prières, recevoir l’eau dubaptême, subir une pénitence extérieure, telle qu’un pèle-rinage à la chapelle d’un saint, quand ils avaient commisquelque crime trop féroce.
Du temps de Boniface, les conversions étaient même sipeu sérieuses, que certains prêtres baptisaient au nom deJésus-Christ, sans cesser de sacrifier au dieu Donar.
Qui ne connaît l'anecdote de Radbord, roi des Frisons ?Il refusa le baptême parce qu’ayant demandé où étaient sesancêtres trépassés, on lui répondit qu’ils étaient en enfer :« Je préfère, dit-il, être en enfer avec mes vaillants aïeux,qu’au ciel avec de misérables moines. » Réponse qui prouvel’idée matérielle que les nouveaux convertis se faisaient dela religion. Mais l’intérêt les décidait; et beaucoup se lais-saient gagner par l’appât du présent que l’on donnait avecle baptême. Ainsi, à la cour de Danemarck, on voyait versPâques accourir les gens en foule pour recevoir le vêtementblanc dont on gratifiait les néophytes. Un jour il n’y eut pasassez d'étoffe, et îe roi fit couper des draps de lit pour enhabiller quelques-uns. Il paraît que cet arrangement ne futpas du goût d'un chef danois, qui s’écria : « Voilà la dixièmefois que je me fais baptiser, et chaque fois j’ai eu un belhabit blanc. Mais le sac que vous m’offrez ne convient pas à